Désimperméabilisation des villes, quelles solutions ?

Face aux évènements climatiques de plus en plus violents et fréquents, les collectivités doivent agir vite pour rendre la ville plus à même de réguler les excédents d’eau liés aux pluies torrentielles et aux tempêtes. Rendre des surfaces perméables en ville est l’un des moyens efficaces d’y arriver.

Avant
AVANT – A Lyon, les anciens tunnels qui permettaient de passer sous les carrefours ont été recouverts et transformés en grands bassins souterrains de récupération. En cas de trop plein, l’eau des noues s’évacuent vers ces bassins, et sert ensuite à l’arrosage des espaces verts et au nettoyage des voiries.
Après
APRÈS – Aujourd’hui, un quart de l’emprise entre les bâtiments a retrouvé des sols vivants. Les noues sont installées sur un mélange terre/pierre drainant, tout comme la piste cyclable, l’eau communiquant entre les noues et pouvant alors circuler et s’infiltrer sous la piste.

Bien que s’étant déroulées à plusieurs milliers de kilomètres de notre territoire, les inondations de Dallas nous montrent la limite de l’urbanisme d’hier, où la ville, sur-imperméabilisée, empêche la moindre goutte de pluie de s’infiltrer dans les sols. C’est en effet l’apologie du ‘tout au réseau’ qui caractérise beaucoup de nos milieux urbains, les réseaux étant trop souvent saturés par des précipitations de plus en plus intenses. Il s’agit alors d’aménager des surfaces perméables, support de nature en ville. Les projets de désimperméabilisation sont aussi l’occasion de redessiner l’espace public et d’améliorer le cadre de vie des habitants. Les deux projets présentés ci-dessous, situés dans des contextes très différents, montrent ainsi comment la désartificialisation de la ville permet de redonner la place aux circulations douces en réorganisant l’espace autrefois conçu uniquement pour la voiture.

Lire l'article complet

Une requalification de traversée de bourg

© Au delà du fleuve Aux Rousses, des platelages bois, en léger surplomb, sinuent à travers le jardin creux et permettent d’éviter le contact de l’exutoire avec la neige. Plantes ornementales et plantes horticoles ont été plantées, en s’inspirant de la végétation des lacs et tourbières environnants.
© Au delà du fleuve
Aux Rousses, des platelages bois, en léger surplomb, sinuent à travers le jardin creux et permettent d’éviter le contact de l’exutoire avec la neige. Plantes ornementales et plantes horticoles ont été plantées, en s’inspirant de la végétation des lacs et tourbières environnants.

Aux Rousses, commune de 3 600 habitants au cœur de la montagne jurassienne, la requalification de la RN 5 qui traverse le bourg, est en cours. Comme beaucoup de communes traversées par une route de transit national, la ville pâtit de cet important trafic, d’autant plus qu’étant une station de ski, elle accueille un flux important de touristes durant l’hiver. « L’important gabarit de la chaussée, qui mesure plus de 8m, et les espaces publics, peu ou pas aménagés et recouverts d’enrobé, créent une nappe imperméable de près de 40 000 m2 dans une ville au paysage environnant riche et naturel » explique Catherine Bouët-Willaumez, paysagiste-concepteur chez ‘Au-delà du fleuve’, maîtrise d’œuvre du projet. « Cette césure routière modifie les exutoires et les régimes hydrauliques des bassins versants, engendrant parfois des inondations lors de la fonte des neiges. De plus, les eaux pluviales de la voirie, pleines d’hydrocarbures, se déversent de façon anarchique dans les espaces riverains publics ou privés, sans avoir été traitées ». Pour la municipalité, ce projet porte de multiples dimensions : «  il s’agit de gérer les eaux de ruissellement en surface et de ramener du ‘vert’ dans notre ville. C’est aussi une mise en sécurité pour les piétons et vélos qui, auparavant, ne bénéficiaient pas de lieux réellement aménagés pour eux. Nous avons ainsi reçu 300 000 € de subventions de la part de l’Agence de l’Eau Rhône-Méditerranée-Corse sur l’ensemble du projet » explique Christophe Mathez, premier adjoint au Maire. Le projet global s’étend sur un linéaire de 1,5 km et propose de réduire de 8 500 m2 les surfaces imperméables présentes en créant une trame d’écosystèmes fonctionnels de différents usages et esthétismes. « Nous avons commencé la requalification par le réaménagement de l’ancienne combe qui avait été complètement artificialisée pour accueillir un parking. Le stationnement a été réorganisé pour libérer de l’espace en pleine terre et en faire des jardins creux, plantés de végétaux adaptés aux conditions locales (hivers rigoureux, neige, sel, humidité) et filtrant l’eau de pluie de la voirie. Ainsi, ¼ de l’espace a été désimperméabilisé » précise la conceptrice. « Nous aurions voulu plus de surfaces perméables mais avec les contraintes de déneigement, de climat et d’afflux touristiques, la palette de matériaux utilisables pour les circulations se réduit. Le parking est donc en enrobé et les trottoirs en granite vosgien. La DIR CE (Direction Interdépartementale des Routes Centre-Est), gestionnaire de la RN 5, impose également d’importantes contraintes quant au gabarit des voies, cette route s’inscrivant dans des circuits nationaux de transit, limitant alors la désimperméabilisation des surfaces ». Les contraintes d’usages sont en effet très marquées, les problématiques locales ne s’accordant pas forcément avec les logiques nationales. « Nous préparons un dossier conséquent à envoyer au ministère de l’Environnement, avec l’appui et l’expertise de Catherine Bouët-Willaumez, pour lancer le reste de l’opération sur l’emprise de la RN 5. Nous espérons pouvoir continuer à désartificialiser nos espaces publics courant 2018, les retours des habitants étant tous positifs sur le réaménagement de la combe, ce qui est plutôt rare pour un projet d’urbanisme ! » précise Bernard Mamet, Maire des Rousses. « Cela fait un an que les travaux sont finis et nous pouvons déjà voir que l’espace ainsi conçu fonctionne : il remplit son rôle de tampon, même en période hivernale, et ne demande que peu de temps de gestion pour nos agents qui fauchent simplement les prairies fleuries environnant le parking. C’est une véritable plus-value pour la nature et les usagers. En plus d’être esthétique, il a permis de sécuriser la descente des navettes scolaires. Le jeu en vaut donc la chandelle, nous avons réussi à relayer la voiture en second plan tout en végétalisant l’espace et en infiltrant les eaux de pluie face à des contraintes techniques et climatiques importantes » conclut l’adjoint au Maire.

 

De l’enrobé au végétal

DSC00260
Des plantes vivaces (Epimedium, Aster, valérianes, géraniums vivaces…) et des graminées tapissent les noues : elles ont été choisies pour supporter à la fois des périodes caniculaires et des épisodes de grosses pluies.

A Lyon, le boulevard Garibaldi est en pleine réfection, certains tronçons ayant déjà été livrés. Il faut s’imaginer une artère urbaine de gabarit impressionnant autrefois occupée par plus de 10 voies de circulation, avec des espaces en pleine terre insignifiants. Ainsi, le Grand Lyon a décidé, sur un périmètre opérationnel de 1,2 km, de rendre des surfaces perméables à la ville, dans un souci de gestion des eaux de pluie, de réduction d’îlot de chaleur urbain, d’amélioration du cadre de vie et, surtout, de circulations douces. « Nous avons créé 3 bandes vertes de 3 m de large chacune qui structurent le profil du boulevard. Des sols vivants ont été recréés puis plantés. Deux des bandes, légèrement encaissées, offrent un écrin végétal aux circulations cyclables et piétonnes et recueillent les eaux de pluie » explique Gilles Gallinet, géologue à l’Atelier d’Ecologie Urbaine, faisant partie de l’équipe de maîtrise d’œuvre. Une bande plantée en léger surplomb sépare les deux sens de circulation, les eaux de voirie étant quant à elles rejetées au réseau. « En effet, on ne peut pas tout désimperméabiliser, les contraintes étant multiples. Ainsi, sur le linéaire, la création des bandes plantées s’est faite au cas par cas » ajoute Gilles Gallinet. « La présence de nombreux réseaux enterrés, du métro à certains endroits et des parkings d’immeubles souterrains a conduit à créer des bandes discontinues. De plus, il a fallu s’adapter à chaque micro-situation et climat (ombre portée bâtie, couloir de vent, plein soleil) ». La végétation, composée des strates herbacées et arbustives, se dissémine en bosquet plus ou moins dense au niveau de ces bandes. A proximité des carrefours, il s’agit de dégager la visibilité des automobilistes, alors qu’en amont de ceux-ci, une augmentation de la densité de plantes au m2 permet d’accentuer la perception de vitesse des conducteurs. « Environ ¼ de l’emprise entre les bâtiments a été végétalisée. Cela peut paraître peu, mais c’est déjà une goutte d’eau en moins dans le vase. Les sols sont parfois pollués, les réseaux nombreux et l’entretien de surfaces végétalisées peut s’avérer plus lourd que des surfaces en dur, il faut donc trouver le juste milieu » conclut Gilles Gallinet. De plus en plus de projets exemplaires comme ceux-ci émergent mais sont encore trop peu nombreux. La planification urbaine doit désormais intégrer cette dimension relative à la perméabilité des sols et l’intégrer, pourquoi pas, à de nouveaux plans d’aménagement que l’on appellerait ‘plan de désimperméabilisation’.

S’abonner

 

Enregistrer

Enregistrer

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *