Lutte contre les renouées asiatiques : efficacité prouvée !

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Un fauchage mensuel pendant toute la saison de croissance, d’avril à septembre, s’avère particulièrement efficace contre les renouées.

Enfin… Des chercheurs, des gestionnaires de collectivité et un
machiniste ont testé trois méthodes de lutte contre la renouée
asiatique (fauchage, bâchage et éco-pâturage). Plusieurs critères
d’évaluation ont été mesurés : hauteur des tiges, diamètre, teneur
en amidon des rhizomes, biomasse… Résultat : toutes les méthodes
s’avèrent concluantes, sous réserve d’une mise en application
conforme sur le plan technique.

Les gestionnaires sont désarmés. Ils ne savent plus comment venir à bout des renouées asiatiques qui bordent les routes, les cours d’eau, et envahissent les talus. Un véritable fléau. Mais qu’ils se rassurent, des techniques de lutte viennent d’être testées et approuvées par le cluster ‘SPIGEst (Synergie Plantes Invasives Grand Est), formé de scientifiques, d’associations, de gestionnaires et d’une entreprise spécialisée dans les matériels d’entretien des accotements routiers : Noremat.

Méthodes de lutte :  principes généraux

Pour limiter la propagation des renouées asiatiques, les gestionnaires n’ont pas le choix : “il faut épuiser la plante et implanter des espèces concurrentes” résume Bruno Chanudet-Buttet, chargé de mission filières et métiers chez Noremat. Plusieurs méthodes de lutte curatives, simples et économiques, sont mises en application :
le fauchage : c’est le réflexe des gestionnaires, de loin la méthode la plus utilisée. Encore faut-il qu’il soit répété. “Une seule fauche annuelle n’est pas suffisante pour lutter efficacement contre les renouées asiatiques. On n’épuise pas assez la plante. Par contre, un fauchage mensuel pendant toute la saison de croissance, d’avril à septembre, s’avère particulièrement efficace” précise-t-il. La littérature scientifique actuelle le prouve : Rouifel et al. (2011) et Piola et al. (2015). A noter : après le fauchage sous le premier nœud, les résidus doivent être ramassés pour plus d’efficacité ! Attention à ne pas toucher le rhizome sous terre, car il suffit d’une propagule
d’1 cm pour générer un plant viable ;
le bâchage : méthode moins connue, le bâchage consiste à couvrir les zones envahies et fauchées avec une bâche agricole de 110 microns d’épaisseur. Ce sont des bâches très utilisées dans le secteur agricole, donc facilement disponibles ;
l’éco-pâturage : particulièrement apprécié et déployé sur des sites difficiles d’accès, l’éco-pâturage a les mêmes effets que le fauchage. Défeuillées progressivement, les renouées puisent dans leurs réserves jusqu’à se délester, petit à petit, des rhizomes les plus fragiles. Par ailleurs, c’est un formidable outil de communication pour sensibiliser les populations à ce problème. En revanche, l’éco-pâturage engendre des coûts subsidiaires pour la collectivité : enclos, nourrissage, surveillance de l’état de santé des animaux, fauche des tiges (car les ovins et les caprins préfèrent les feuilles !)…

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Couvert végétal en lieu et place d’un spot à renouées. Le site a été fauché de manière répétée (tous les mois), sur une période plus ou moins longue, et ensemencé par des espèces locales afin qu’elles puissent prendre le dessus sur les renouées. Et ça marche !

Des résultats prometteurs

Depuis 2015, les acteurs du SPIGEst s’attachent à expérimenter ces différentes méthodes de lutte sur le plan de l’efficacité. Les effets d’affaiblissement de la renouée sont mesurés scientifiquement et des plans de restauration des milieux pilotes sont engagés. Plusieurs critères d’évaluation sont recensés : la hauteur des renouées, leur diamètre, leur densité, mais aussi la teneur en amidon des rhizomes (afin de mesurer l’état des réserves nutritives) et la biomasse. En parallèle, des études se sont intéressées à la valorisation des coproduits de renouées par méthanisation.
En 2015, le protocole a été mis en place dans les sites pilotes de Meurthe-et-Moselle : Vandœuvre-lès-Nancy, Laxou et Saint-Nicolas-de-Port.
Tout d’abord, les résultats obtenus prouvent l’efficacité de toutes les méthodes de lutte testées. Première méthode analysée : le fauchage, réalisé toutes les 5 à 10 semaines selon les modalités d’expérimentation. Par rapport aux valeurs témoins, les résultats démontrent que la hauteur des tiges a été divisée par plus de deux dès l’année suivante. Par contre, la densité s’est accentuée en raison d’un fauchage intensif, sauf que deux ans plus tard, elle a chuté drastiquement. Du côté des rhizomes, la fauche répétée met grandement à mal les réserves de la plante. Et lorsque les rhizomes sont affaiblis, la renouée s’en détache automatiquement… accentuant davantage son dépérissement progressif.
“A partir de là, nous avons procédé à l’implantation d’espèces compétitives (trèfle dactyle, fétuque…), afin qu’elles puissent prendre le dessus sur la renouée asiatique” précise le chargé de mission.
Deuxième méthode : le bâchage. “Disposé sur des spots de renouées, il s’est avéré particulièrement efficace car il empêche la pénétration de la lumière, de l’eau… Parties aériennes et rhizomes ont été très vite dégradés. Et au bout de deux ans, nous avons enlevé la bâche pour réimplanter d’autres espèces concurrentes. Les conditions météorologiques de cette fin d’été a permis d’assurer une bonne reprise des semis” indique-t-il.
Enfin, dernière méthode : l’éco-pâturage. L’étude a d’abord prouvé la non-toxicité des renouées vis-à-vis des caprins présents sur les différents sites pilotes. Ceux-ci préfèrent d’ailleurs les feuilles aux tiges, ce qui oblige le gestionnaire à les faucher après passage des animaux, mais le défeuillage progressif participe activement à l’affaiblissement général de la plante dans l’année et les deux années suivantes. Plus les caprins paissent, plus les renouées s’affaiblissent. Cette méthode est particulièrement efficace dans des zones difficiles d’accès, où la machine ne peut pas y avoir accès.
Sur le plan de l’efficacité, les trois méthodes de lutte contre la renouée asiatique se valent. Reste à prendre en compte les critères économiques pour déterminer celle qui saura éradiquer cette invasive sans compromettre les budgets.

Renouées invasives, rappels

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Echappées des jardins, elles ont colonisé les bords des cours d’eau et les friches sur tout le territoire français.
Croissance hors norme
Naturellement, les renouées ont la capacité de proliférer à une vitesse record. Leur rythme de croissance peut aller jusqu’à 30 cm de tige par jour. Par méconnaissance et négligence, elles sont aussi aidées par les activités humaines : terrassements, pratiques d’entretien non adaptées ou absence d’entretien… Elles sécrètent des substances qui empêchent la pousse d’autres espèces et sont capables de s’accaparer l’azote du sol et la lumière au détriment des espèces endémiques.
Un danger pour les infrastructures
Leurs facultés biologiques extraordinaires leur permettent d’envahir les bords des infrastructures (routes, voies ferrées…) et les bords des cours d‘eau, posant ainsi des problèmes de vieillissement prématuré des chaussées, des fossés ou des berges. Hautes et denses, les renouées invasives nuisent aussi à la sécurité des automobilistes lorsqu’elles cachent la visibilité dans les carrefours et les virages, ou empêchent l’arrêt d’un véhicule sur l’accotement. En s’accumulant, elles peuvent aussi former des embâcles, obstruant le lit des rivières.
Des plantes méconnues
La plupart des gestionnaires n’entretiennent les espaces envahis que sous le prisme de la contrainte, pour la sécurité des usagers. Leurs connaissances sur ces espèces sont sommaires, ce qui ne
leur permet pas d’estimer les risques de leur propagation.
Prudents, les acteurs appliquent le principe de précaution,
alors que les renouées gagnent du terrain. Il faut agir !
Législation
La législation agit à la fois en faveur et en défaveur des acteurs qui luttent contre la renouée. En effet, la restriction de l’usage des produits phytopharmaceutiques est une aubaine pour le développement des méthodes alternatives. En revanche, la lutte contre les renouées a été récemment jugée trop complexe et coûteuse par la Commission Européenne, qui a fait le choix de ne pas l’intégrer dans la liste des espèces exotiques envahissantes à combattre.

Article paru dans le numéro de Novembre-Décembre 2017, abonnez-vous

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