Arrosage des jeunes arbres : les conseils des pépiniéristes

Confectionner une cuvette à la base de l’arbre, dont le diamètre est supérieur au diamètre de la motte, et la remplir à refus à chaque opération d’arrosage, comble les déficits hydriques constatés après la plantation.

Le bilan de l’été 2018 confirme les inquiétudes : des jeunes arbres n’ont pas survécu, faute d’un arrosage efficient. D’autres, pourtant plus âgés, ne passeront pas l’hiver. Autant dire, des plantations et donc des investissements perdus pour les collectivités. Comment assurer la reprise des plantations ? Quelles méthodes d’arrosage sont à prioriser ? Comment rendre l’arbre autonome sur le plan hydrique ? Des pépiniéristes expérimentés donnent de précieux conseils.

A la plantation, en raison d’une exploration racinaire réduite et d’un transfert hydrique très limité depuis les bords de la fosse, l’arbre est entièrement dépendant des apports en eau dans la motte. Il pleut et les températures sont clémentes ? Parfait. Cependant, les relevés météorologiques de ces dernières années (2018 est un très bon exemple) sont loin de cet idéal : le mercure monte en flèche dès le printemps jusqu’à l’automne, et les précipitations se font de plus en plus rares, si bien que les plantations, récentes voire plus anciennes, sont mises à rude épreuve. Résultat, de nombreux arbres ne survivent pas, notamment ceux plantés trop tard, avec un système racinaire restreint.
Aujourd’hui, un arbre planté ne peut donc s’affranchir d’un plan d’arrosage parfaitement maîtrisé, apportant la juste quantité d’eau au bon moment et surtout, au bon endroit. Conscients des prérogatives des professionnels, pas toujours disponibles pour arroser, les pépiniéristes vulgarisent justement une méthode simple, efficace et rationnelle sur les plans financier et humain pour qu’un arbre devienne autonome en eau dès la troisième année de plantation et survive plus tard aux épisodes de sécheresse récurrents.

La méthode de la ‘cuvette’

“Il y a beaucoup de méthodes d’arrosage, mais la confection d’une cuvette au pied de l’arbre est la meilleure qui soit… Et la plus pratique” affirme Laurent Chatelain, directeur des pépinières éponymes. “Par contre, il faut éviter les cuvettes sous les grilles d’arbres en zones urbaines, l’eau risquerait de stagner. Pas de drains non plus ! N’oublions pas que nous proposons du végétal, du vert, de la vie, donc le plastique est à éviter dans le paysage”. Marc Koehler, ingénieur commercial et horticole au sein des Pépinières Guillot Bourne II, partage le même avis. “Non seulement le plastique est à proscrire, mais les drains, déployés autour de la motte à la plantation, n’apportent pas l’eau à l’intérieur de la motte, là où les racines sont logées” précise-t-il. Les drains empêchent aussi certaines racines de sortir hors de la motte. D’où la confection d’une cuvette sans drain, dont le diamètre est supérieur à celui de la motte (10 à 20 cm de plus). Hauteur de la cuvette : environ 20 cm. Durée de vie de la cuvette : 6 mois à 2 ans (pour peu qu’elle soit entretenue).
Que dire des systèmes goutte-à-goutte, ceinturant le sommet de la motte ? “En présence d’un sol drainant, ce système aura tendance à ‘biberonner’ les racines, sans faire pénétrer l’eau à l’intérieur de la motte. Seules les racines les plus près du tronc seront arrosées. Du coup, on aura des arbres ‘poireaux’ sans racines d’ancrage, sensibles à la moindre tempête” explique Marc Koehler.

Volumes d’eau à apporter

Prenons l’exemple d’un arbre de force 20/25, peu importe l’essence dont il est question. Les quantités apportées (eau de forage ou de récupération dans l’idéal) doivent être progressives :
• Année 1 : 50 à 100 L d’eau/arbre/arrosage, en privilégiant l’humidification de la motte ;
• Année 2 : 125 à 175 L d’eau/arbre/arrosage ;
• Année 3 : 150 à 200 L d’eau/arbre/arrosage, en privilégiant la périphérie de la motte car les racines sont supposées se développées au-delà.
“Ces quantités ne doivent pas être systématiques. Tout dépend de la nature du sol (sable, argile…), du climat (zone venteuse, en pente)…” indique Marc Koehler, qui insiste aussi sur la qualité du premier arrosage, juste après la plantation. “Il faut bien plomber le sol, de sorte à ce que les particules de terre collent à la motte. Cela évite aussi la formation de trous d’air” conseille-t-il. Si l’eau s’infiltre difficilement dans la cuvette en deux ou trois reprises, y compris après 15 à 20 min d’attente (ce qui peut être le cas en présence d’un sol argileux), l’agent devra sortir la binette pour casser les croûtes de battance. Le problème persiste ? Un carottage permettra de vérifier l’asphyxie, signe notamment d’une fosse de plantation mal conçue. A ce sujet, Laurent Chatelain n’est pas vraiment convaincu du mélange terre-pierre. “A l’origine, le mélange terre-pierre était préconisé pour que les abords des arbres puissent supporter le passage des véhicules. Aujourd’hui, en incorporant un mélange terre-pierre un peu partout, on ajoute une contrainte supplémentaire à l’arbre urbain qui déjà doit en subir beaucoup. En cas de mauvais mélange (proportion, calibre des pierres…), ce qui est souvent le cas, des poches d’air se forment et le substrat devient trop drainant. L’arrosage devient compliqué. Ou, dans le cas inverse, le mélange devient trop compact et conduit à une asphyxie racinaire”.
Concernant les fréquences d’arrosage, les pépiniéristes recommandent entre 6 et 8 interventions par an. L’objectif est de forcer les racines à chercher l’eau en profondeur afin d’assurer un bon ancrage du sujet planté. Des arrosages en petite quantité et assez fréquents ne font que favoriser le développement des radicelles en surface.
Pour ajuster les quantités et les périodes d’arrosage, les tensiomètres et les dispositifs basés sur la colorimétrie du feuillage sont de plus en plus utilisés.

Arroser le sol… et les feuilles !

En période de sécheresse, encore trop de professionnels oublient d’arroser le feuillage des persistants. “Le bassinage matinal des arbres, jusqu’à ce que l’eau coule sur les feuilles, est essentiel à chaque arrosage. En effet, l’hygrométrie créée va permettre de diminuer l’évapotranspiration des feuilles. Par expérience, le bassinage augmente les chances de reprise de l’arbre de plus de 50 %” indique le directeur des Pépinières Chatelain. Surtout, ne pas attendre que les feuilles flétrissent pour arroser et bassiner, car il est déjà trop tard. “Au-dessus d’un certain seuil de sécheresse, l’arbre atteint un stress total, au point qu’il n’a plus la capacité, même après un arrosage copieux, de retrouver son état initial. C’est pourquoi, il est nécessaire d’arroser avant ce seuil critique et de respecter les fréquences d’arrosage” ajoute-t-il.
L’arrosage des arbres est une intervention essentielle, si ce n’est la principale, pour assurer la pérennité des ouvrages paysagers, contribuant ainsi, par leur abondance végétale, à rafraîchir l’air ambiant. Arroser n’est donc pas un acte dénué de sens, mais une opération nécessaire pour le climat de demain.

Tailler, planter, arroser !

Avant la plantation surtout en motte, une taille est indispensable. L’objectif n’est pas de réaliser une taille comme on le ferait en pépinières, mais d’effectuer une taille de formation, un habillage. Bref, rendre l’arbre propre, afin d’harmoniser le volume aérien et racinaire. Au niveau de la motte, il convient de bien dégriffer les chignons et tailler tout ce qui dépasse de trop. En pépinière, l’arrosage est supprimé (sauf en cas de grande sècheresse), avec l’objectif de rendre les végétaux plus robustes.
Attention également à bien veiller à ce que le diamètre de la motte corresponde à la force de l’arbre. Pour un arbre 20/25, un diamètre de minimum 70 à 90 cm est requis. Néanmoins, certains professionnels constatent que le diamètre de motte des arbres venus de toute l’Europe est revu à la baisse. Pourquoi ? Pour remplir au maximum les camions lors du transport !
D’où le recours à une production locale, où les arbres,
du bas jusqu’en haut, sont conformes aux attentes et aptes
à la reprise. Encore faut-il bien les arroser par la suite…

Article de Novembre-Décembre 2018, abonnez-vous

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