Des aires de jeux entièrement perméables

Ici installés dans une aire de jeux de la ville de La Londe-les-Maures (83), les copeaux d’épicéa Ludosol® d’Agresta, issus de forêts Vosgiennes, sont passés à haute température et minéralisés afin de leur conférer une longue durée de vie. Leur granulométrie de 6 à 20 mm est en conformité avec la NF EN 1176-1 (5 à 30 mm requis). Différents coloris sont disponibles.

Comment rendre la ville dense facilement ‘perméable’ sinon en favorisant l’infiltration des eaux pluviales jusque dans les moindres recoins de son tissu urbain non construit, ou alors très peu ? Cette idée s’est aujourd’hui largement développée, notamment dans l’aménagement des aires de jeux, où les revêtements traditionnels laissent place à des sols 100 % perméables (sols coulés en élastomère, copeaux, dalles alvéolaires, bétons drainants au-delà du périmètre de la zone de sécurité…).

La Ville de Paris montre l’exemple. Face au changement climatique, la Capitale ‘débitume’ des espaces récréatifs, notamment des cours d’écoles, pour créer des îlots de fraîcheur, assurer l’écoulement des eaux à la parcelle (et non dans les égouts !) et rendre les jeux plus agréables, plus conviviaux. A terme et dans l’idéal, les cours d’écoles parisiennes devraient s’engazonner progressivement et se couvrir d’enrobé poreux pour assurer l’infiltration des eaux pluviales à la parcelle et ainsi diminuer les risques d’inondation, d’érosion, de pollution et d’appauvrissement des nappes phréatiques. Une goutte d’eau à l’échelle de la ville ? Certainement pas, car les 663 cours d’écoles maternelles et primaires parisiennes représentent une surface totale de 60 000 m² ! Une initiative, parmi d’autres, qui fait des émules au sein des collectivités, aujourd’hui soucieuses de trouver des alternatives à l’imperméabilisation des sols urbains. Les aires de jeux constituent également des surfaces à perméabiliser facilement. D’autant plus qu’une multitude de revêtements prévus à cet effet existent, et dans le respect le plus total de la norme NF EN 1176-1, récemment révisée.

Avec 95 % de vide, les dalles Nidagreen® de Nidaplast sont des supports 100 % perméables pour sols coulés. Ces dalles garantissent aussi dans le temps la planéité de la surface aménagée.

Les sols fluents

Représentés majoritairement par les copeaux naturels ou en caoutchouc recyclé, les sols fluents ne contiennent pas de résine et de liant. “Conformément à la norme, nous proposons des copeaux d’épicéa calibrés (cf. encadré), issus de tailles d’éclaircie de forêts Vosgiennes gérées durablement. Ils sont séchés à température et garantis sans sève ni échardes” indique Sébastien Lanibois, responsable commercial de la société Agresta, à propos des copeaux ‘Ludosol®’. Sur site, l’épaisseur de copeaux varie en fonction de la HCL (Hauteur de Chute Libre), soit une épaisseur de 30 cm si la HCL est inférieure ou égale à 2 m, et 40 cm si la HCL est supérieure à 2 m et inférieure ou égale à 3 m.
La quantité de copeaux (Q) à apporter se calcule de la manière suivante : Q = surface en m² à protéger x épaisseur en mètres des copeaux x 1,2. Exemple pour une surface de 60 m² avec des équipements dont la HCL est supérieure à 1,5 m : Q = 60 x 0,3 x 1,2 = 21,6 m3. Une quantité à étaler et répartir de manière homogène sur toute la zone de sécurité. “On reproche parfois aux copeaux de se disperser en dehors de la zone de sécurité. Cela vient uniquement d’un défaut de construction et/ou d’entretien de l’aire de jeux. Normalement, avant l’étalage des copeaux, un géotextile doit couvrir le sol, à la seule condition que ce dernier soit suffisamment filtrant (type graves). Le cas échéant, un système de drainage et d’exutoires est impératif, au risque de transformer l’aire de jeux en flaque géante. Nous recommandons également de bordurer l’aire de jeux, avec des éléments en saillie de 5 à 10 cm au-dessus du niveau des copeaux. De 5 mm d’épaisseur minimum, les bordures ne doivent pas présenter de bords carrés mais ronds ou repliés” explique-t-il. Des apports réguliers de matière doivent être réalisés tous les 1 à 3 ans, en fonction de la fréquentation, principalement sur les zones de réception (sorties de toboggans, sous les balançoires…). Côté couleurs, si l’aspect brut est très demandé, des teintes plus ‘flashy’ sont disponibles : jaune, rouge, vert, bleu… et dans divers camaïeux. Au choix donc.

Perméables, les sols coulés autorisent toutes les fantaisies. Pourvu que le fond de forme soit lui aussi suffisamment perméable (graves, concassés, dalles alvéolaires en guise de supports…).

Les sols coulés en élastomère

Les sols coulés sont perméables ! David Josephson, dirigeant de la société Ecogom le rappelle : “aucun des produits utilisés dans la confection d’un sol coulé n’est étanche… Un sol coulé est donc perméable, à condition que le fond de forme soit aussi perméable (graves, concassés, dalles alvéolaires en guise de supports…). On oublie, dans le cas d’une aire de jeux ‘perméable’, la réalisation d’un sol coulé sur une dalle en béton”. Carole Marcou, gérante de la société Pro Urba, le précise également : “c’est la propriété mécanique des agrégats ou granulats utilisés, ainsi que le type de résine et le type d’application qui confèrent au sol sa nature perméable ou imperméable. Par principe, un sol coulé élastomère est perméable. Cela évite que l’eau stagne. C’est le système de drainage mis en œuvre en sous-couche qui permet de drainer les eaux de pluie. Il n’y pas de différence notable d’application entre un sol coulé perméable et un sol coulé non poreux ; encore une fois la propriété perméable du sol est dépendante du type de résine utilisée et du type d’application. Par exemple, on peut couler deux sols identiques, l’un poreux, l’autre non poreux : la différence résidera dans l’application d’un primaire imperméabilisant en sous-couche et/ou d’une résine de finition imperméabilisante”. La société propose également une solution intermédiaire entre les sols fluents et coulés : des copeaux de caoutchouc recyclés (parfois utilisés bruts) mélangés à de la résine. “Les copeaux de caoutchouc recyclés et résinés se coulent de la même manière que les granulats classiques en EPDM ; le travail de talochage peut se révéler un peu plus important pour les copeaux coulés dont la finition et le lissage sont plus difficiles à mettre en œuvre. Pour les copeaux en caoutchouc recyclés, il est très important de respecter un temps de malaxage minimum de 4 à 5 minutes afin que l’enrobage des copeaux soit optimal, l’enrobage des copeaux étant plus long à obtenir que les granulats classiques en EPDM. Enfin, le taux de liant polyuréthane (résine) doit être scrupuleusement respecté : environ 20 % de liant par rapport aux poids des copeaux. Un sol pauvre ou insuffisant en liant ou mal enrobé (temps de malaxage insuffisant) se désagrégera plus rapidement” détaille-t-elle.
Question entretien des sols coulés perméables, un balayage régulier et un ou deux lavages annuels, sans détergent, avec un nettoyeur haute-pression réglé à 80 bars, suffisent (selon la fréquentation du site).

Installation de près de 4 000 m² de béton drainant, sur 15 cm d’épaisseur, autour des zones de sécurité de deux aires de jeux situées dans le parc départemental des Chanteraines (92). Un revêtement qui facilite l’infiltration des eaux et évite l’installation d’un réseau de drainage en sous-sol.

Les dalles alvéolaires

Quoi de plus perméable qu’une surface de jeu engazonnée ? C’est évident. Seul problème : le gazon n’est pas un sol de sécurité ! Excepté si celui-ci est recouvert d’un système pour le moins ingénieux : des dalles alvéolaires. “Nous proposons des dalles à poser directement sur le gazon en place, sans avoir à terrasser le sol. La mise en œuvre est donc très rapide. Elles sont faciles à manipuler, s’emboîtent entre-elles et se fixent au sol à l’aide de chevilles spécifiques. Rapidement dissimulées par la repousse du gazon, ces dalles en PVC non toxique, nommées ‘GrasSécurité’, deviennent quasiment invisibles tout en assurant un sol de sécurité conforme à la norme en vigueur (jusqu’à 3 m de hauteur de chute)” indique Marc Omaly, directeur de la société Partenaire Equipement. L’entretien d’un revêtement à base de dalles ‘GrasSécurité’ se résume à des tontes plus ou moins régulières selon les objectifs qualitatifs fixés par le service espaces verts.
Comme évoqué précédemment, un revêtement perméable ne l’est réellement qu’en présence d’une sous-couche drainante. “Avec 95 % de vide, les dalles Nidagreen® sont des supports 100 % perméables pour sols coulés” indique Nathalie Busin, responsable marketing chez Nidaplast. En cas d’évènement pluvieux, la plaque Nidagreen® assure un stockage temporaire et permet une infiltration progressive des eaux de pluie dans le sol support. Réelle alternative à l’imperméabilisation des sols, ces panneaux évitent le recours à une dalle béton et réduisent fortement le temps de mise en œuvre sur chantier. Sur surface étanche, il est recommandé de poser les dalles Nidagreen sur un géo-espaceur appelé Géoflow® qui assurera le drainage horizontal des eaux de pluie. Dans cette configuration les dalles Nidagreen® conservent leur fonction de stockage temporaire mais peuvent également servir de rehausse vis-à-vis du sol support. Leurs grandes dimensions offrent une répartition parfaite de la charge sur la couche de nivellement et garantissent dans le temps la planéité de la surface aménagée.

Sans aucun danger pour l’environnement, les dalles ‘GrasSécurité’, proposées par la société Partenaire Equipement, se posent directement sur le gazon, sans terrassement préalable. Elles sont rapidement dissimulées par la repousse de l’herbe.

Les bétons drainants

Au-delà des zones de sécurité et jusqu’aux limites de l’aire de jeux, il est possible de mettre en œuvre du béton drainant. Objectifs : s’affranchir d’un réseau d’évacuation des eaux de pluie, l’eau s’écoulant à travers le béton pour s’infiltrer directement dans le sol, et réduire à néant l’apparition de flaques d’eau, avérées dangereuses pour tous ceux qui pénètrent dans l’aire de jeux (risque de glissance et développement de micro-organismes nuisibles). Mais attention, couler un béton drainant sur une aire de jeux ne s’improvise pas. C’est, en tout cas, le message délivré par Joseph Abdo, directeur délégué Routes du CIMBéton, un centre d’information sur le ciment et ses applications (bâtiment, génie civil, travaux publics…). “A la différence d’un béton classique, composé généralement, et dans les proportions, de 1 100 kg de granulats, 300 kg de ciment, 700 kg de sable, 150 L d’eau et quelques kilogrammes d’adjuvants, un béton drainant n’a pas de sable (ou alors très peu). Soit, au final, environ 600 kg de ‘vide’ dans sa structure par rapport à un béton classique ; d’où sa porosité de 15 à 30 % selon sa formulation (…) Lors de la mise en œuvre d’un béton drainant, étant donné qu’il n’y a plus de sable censé structurer le béton, il ne faut pas vibrer le béton (comme dans le cas d’un béton classique), mais plutôt le compacter car, sinon, on risque de voir le ciment tomber au fond de l’ouvrage”. Pour cela, il existe différents moyens de compactage : des strickers, des finishers ou des ‘compacteurs’, sorte de gros tuyaux en acier (10 kg par mètre linéaire) à passer au-dessus de la zone de coffrage. “Etant donné que le béton drainant est fortement compacté, il faut majorer l’épaisseur finale souhaitée de 5 à 10 %. Par exemple, si vous souhaitez 20 cm d’épaisseur, il faut étaler une couche avant compactage de 25 cm” précise-t-il. Toute la question est : quelle épaisseur de béton drainant réaliser ? “Tout d’abord, il s’agit de se renseigner sur l’usage même de l’aire de jeux : est-elle empruntée uniquement par des piétons ? Ou des engins d’entretien sont-ils susceptibles de rouler dessus ? Si l’aire de jeux est 100 % piétonne, 12 cm d’épaisseur suffisent. Sur cette épaisseur, des passages ‘occasionnels’ de VL sont autorisés. En revanche, si des véhicules de 3,5 tonnes circulent librement pour, par exemple, nettoyer la surface de jeu (souffleur, remorque à déchets verts…), une épaisseur de 15 à 20 cm de béton drainant est nécessaire” explique le directeur délégué. Comme tous les bétons, ces surfaces drainantes doivent faire l’objet d’une cure (l’application d’un polyane sur béton frais évite le colmatage dû au produit de cure).
Les bétons drainants sont généralement coulés sur des GNT ou des dalles alvéolaires, mais aussi du béton classique si le sous-sol contient une zone tampon de stockage ou d’évacuation des eaux pluviales. Outre les bétons drainants coulés, il est possible de poser des pavés drainants de 6 à 8 cm d’épaisseur sur un lit de sable de 3 cm, mais uniquement si le site est piéton.
Correctement installés, les bétons drainants ont non seulement l’avantage d’infiltrer les eaux de pluie à la parcelle, sans passer par un réseau d’exutoires, mais aussi de diminuer les îlots de chaleur urbains. “De 3 à 4 °C par rapport à un revêtement non poreux d’après des recherches menées par une université lyonnaise. Cela s’explique par les mouvements d’air générés par la porosité du revêtement et ses teintes généralement plus claires. L’eau infiltrée à travers le béton a aussi la capacité de s’évaporer, ce qui rafraîchit l’atmosphère” précise Joseph Abdo.
Copeaux, dalles, sols coulés ou bétons drainants, des solutions existent pour transformer vos aires de jeux et ainsi rendre la ville la plus perméable qui soit… C’est l’un des enjeux majeurs de la ville d’aujourd’hui et de demain.

C’est la propriété mécanique des agrégats ou granulats utilisés, ainsi que le type de résine et le type d’application qui confèrent au sol coulé sa nature perméable ou imperméable.

Calibrages des matières fluentes (selon norme NE EN 1176-1)

• Sable : granulométrie comprise entre 0,2 et 2 mm ;
• Graviers : granulométrie comprise entre 2 et 8 mm ;
• Copeaux : granulométrie comprise entre 5 mm (largeur)
et 30 mm (longueur) ;
• Ecorces : granulométrie comprise entre 20 et 80 mm.

A retenir

• un revêtement perméable ne l’est réellement qu’en présence d’une sous-couche drainante ;
• les copeaux doivent être calibrés ;
• bordurer une aire de jeux avec des éléments en saillie de 5 à 10 cm au-dessus du niveau des copeaux, évite leur dispersion ;
• des dalles alvéolaires, à poser directement sur le gazon en place et sans avoir à terrasser le sol, constituent des revêtements perméables efficaces ;
• une solution intermédiaire existe entre les sols fluents et coulés : les copeaux de caoutchouc recyclés mélangés à de la résine ;
• les sols coulés en élastomère sont perméables ;
• au-delà des zones de sécurité et jusqu’aux limites de l’aire
de jeux, il est possible de couler du béton drainant ;
• les bétons drainants diminuent les îlots de chaleur urbains
de 3 à 4 °C.

Utilisés bruts ou mélangés à une résine, les copeaux en caoutchouc recyclé ‘Terrascape’ de Pro Urba sont disponibles en divers coloris.

Article du numéro de Mars 2019, abonnez-vous

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