Perpignan : un parvis d’école devenu jardin !

Devant l’école Blaise Pascal, le parking existant, couvert d’enrobé stérile, a laissé la place à un dôme de gazon synthétique, détouré d’un espace piéton ponctué de Parottia Persica, et des massifs plantés d’essences méditerranéennes.

Articulé entre une cité résidentielle et un quartier pavillonnaire dans le quartier Mailloles au Sud-Ouest de Perpignan (66), le parvis de l’école Blaise Pascal s’est transformé en un espace perméable à la fois vert, écologique, ludique et social. Le projet, confié aux paysagistes de l’Atelier Sites, met en scène des jardins familiaux, un terrain multisports et une aire de jeux dynamique pour le moins originale.

Autrefois recouvertes de graves disgracieuses, les nouvelles allées piétonnes sont désormais revêtues de béton désactivé et bordées de massifs sans obstacles (sinon des ganivelles pour protéger les plantations et conserver la transparence des lieux).

De l’aveu sincère de la municipalité, des habitants du quartier attenant et des parents d’élèves, le parvis de l’école Blaise Pascal grevait un certain nombre de problèmes. En effet, cet espace entièrement minéral, couvert d’un enrobé stérile, était ni plus ni moins qu’un parking d’une trentaine de places, laissant aucune liberté aux piétons. Des équipements urbains étaient disséminés un peu partout, notamment un terrain de basket-ball ceinturé d’immenses grilles en acier de 3,5 m de haut, lui donnant un caractère très ‘carcéral’, mais aussi des jardins familiaux inclus dans une poche fermée, une mosquée dans des préfabriqués, un centre culturel déconnecté de l’espace public… Des conflits sociaux étaient également constatés et l’environnement urbain subissait quelques dégâts volontaires. C’est à partir de constat que la Ville de Perpignan, bien décidée à régler l’ensemble de ces problématiques de conflits d’usages, lance une opération de réaménagement du site, élargissant, par ailleurs, le périmètre d’intervention au-delà du simple parvis de l’école. Aux manettes du projet, suite à un appel d’offres, les paysagistes de l’Atelier Sites ont conçu cet aménagement comme un vaste jardin.

Exit le parking, place au dôme central, recouvert de gazon synthétique et de demi-sphères en EPDM rouge, où les enfants peuvent s’amuser librement et en toute sécurité.

Un ‘dôme’ central et dynamique

Première intervention sur le parvis de l’école : la suppression totale du parking. “Nous voulions créer un espace apaisé et convivial, les automobilistes sont donc désormais invités à se garer dans un parking existant peu utilisé, situé juste 200 m plus loin. Ce n’est pas une contrainte, les parents viennent à l’école à pied avec leurs enfants” indique Christine Munoz, paysagiste de l’Atelier Sites. Au centre du parvis, désormais libéré des voitures, les paysagistes ont aménagé un ‘dôme’, sorte de monticule ‘vert’ de 12 m de diamètre. “C’est un lieu de rencontre, ludique et esthétique. Les enfants peuvent jouer, rouler, courir… Les adultes s’allongent aussi. Techniquement, ce dôme est un monticule de graves compactées couvert d’un gazon synthétique (20 mm de hauteur de fibres), ponctué de demi-sphères en EPDM rouge. Ce n’est pas une aire de jeux proprement dite, mais un espace dynamique” précise la paysagiste. Tout autour de ce dôme, adultes et enfants évoluent sur un espace piéton en béton lisse coloré lie de vin, d’où se déploient des zones de circulation aux quatre coins du parvis de l’école. “En optant pour un béton lisse, sans relief, les enfants ne risquent pas de se blesser en jouant” précise-t-elle. Sur ce nouvel espace piéton, les paysagistes ont également planté 10 Parottia persica (force 20/25) dans des fosses de 10 m3 pour apporter ombrage et verdure. En périphérie, le parvis est cadré par de larges banquettes en béton coulé d’environ 6 mètres linaires, une fontaine à boire de chez Santa et cole et des massifs plantés d’essences méditerranéennes : Rosmarinus officinalis, Myrtus communis ‘Tarentina’, Medicago arborea, Verbena officinalis et quelques cépées (Quercus ilex, Punica granatum ‘Nana’, Pyrus capital).

En lieu et place d’un espace de stationnement et d’un terrain de basket devenu vétuste, les paysagistes ont délocalisé ici les jardins familiaux, composés de 14 parcelles (80 m²/parcelle). Pas moins de 100 m3 de terre végétale ont été rapportés.

Jardins familiaux

Entre le parvis de l’école et le quartier pavillonnaire, à l’emplacement de l’ancien terrain de basket-ball et d’un parking, les jardins familiaux existants ont été relocalisés ici, après décaissement du revêtement existant sur 50 cm, afin de former un espace tampon, composé de 14 parcelles (80 m²/parcelle). Pas moins de 100 m3 de terre végétale ont été rapportés pour obtenir en surface une couche de terre homogène et cultivable de 30 cm. En parallèle, à l’emplacement originel des jardins familiaux, les paysagistes ont installé un terrain multisports.
Les jardins sont détourés de ganivelles d’1 m de haut. “Il était inutile d’installer des clôtures de 2 m de haut pour contrer les actes d’incivilité. Nous voulions conserver une certaine transparence et éviter, encore une fois, le caractère ‘carcéral’ des lieux. C’est pourquoi, nous avons aussi dessiné des cabanons sur-mesure en bois sur chaque parcelle, simples mais élégants, et étirer des allées en béton désactivé de 1,5 m de large au sein des jardins, afin de souligner l’intimité des lieux”. Au premier plan, toutes les allées sont bordées de massifs denses, composés majoritairement d’essences méditerranéennes, et délimitées de ganivelles de 0,4 m de haut. “L’entretien global de cet espace ne demande pas de lourds investissements car une grande surface est gérée en autogestion grâce aux jardins familiaux. L’arrosage est réalisé grâce à un forage préexistant. Des pompes à bras permettent de réaliser des économies en eau, avec une borne pour 2 parcelles de manière à créer du lien autour de l’eau entre jardiniers” indique-t-elle.
Socialement, les habitants se sont réellement appropriés l’espace. “On observe une transformation radicale du paysage urbain. L’espace était à l’origine hostile, sec, presque agressif, avec de grandes surfaces d’enrobé, des clôtures, des barrières… Sans compter l’absence d’arbres. Le projet a bouleversé l’ambiance, le ressenti du lieu s’est apaisé avec des usages variés tout au long de la journée, mêlant toutes les générations” développe-t-elle. Prochainement, d’autres jardins familiaux verront le jour à la place de la mosquée en préfabriquée, reconstruite plus loin.
Voilà comment le quartier Mailloles renaît, avec pour seuls outils : des jardins, des arbres, un peu de béton et beaucoup d’intelligence conceptuelle.

Fiche technique
• Maître d’ouvrage : Ville de Perpignan (66)
• Maîtres d’œuvre : Atelier Sites (paysagistes)
• Entreprises : Colas (terrassement) ; Sols Languedoc (béton) ; Gabiani (plantation), Fer Neuf (cabanon)
• Pépinières : Daniel Soupe
• Coût : 700 000 € HT

Article du numéro d’Avril 2019, abonnez-vous

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