Regroupement communal :
partir de zéro !

Technicien en assainissement devenu directeur des services techniques de Sèvremoine, Emmanuel Lehuby a analysé toutes les pratiques, commune par commune, et évalué leur pertinence. Des économies ont pu être dégagées en réalisant des investissements intelligents (robots de tonte, hydromulching des espaces perméables difficiles d’accès…) et en reprenant en régie des travaux autrefois externalisés, à coût équivalent et pour un résultat attendu bien meilleur. Ces actions concrètes participent au développement de la motivation des équipes de terrain…

La Commune nouvelle de Sèvremoine, née de la fusion de dix collectivités déléguées du Maine-et-Loire (49) en décembre 2015, fête un anniversaire, celui de la première année de fonctionnement des services techniques, désormais communs. Partant d’une page blanche, Emmanuel Lehuby, directeur des services techniques, a tout organisé dans une logique d’efficience des ressources et des moyens à disposition (humains et techniques).

Avril 2017. Emmanuel Lehuby, directeur du patrimoine et de l’assainissement à La Communauté de communes Terres de Montaigu, en Vendée depuis 12 ans décide de donner un nouvel élan à sa carrière en intégrant la Commune nouvelle de Sèvremoine (du nom des deux cours d’eau qui traversent son territoire). “Avec mon expérience dans la gestion de l’ensemble du patrimoine vert et bâti de Terres de Montaigu, où j’ai notamment instauré la gestion différenciée afin d’adapter le niveau de service, j’ai fait le pari de mettre en place l’organisation de tous les services techniques d’une Ville issue du regroupement de dix communes appartenant à la Communauté de communes de Moine et Sèvre, au cœur du Maine-et-Loire” indique-t-il. Etirée sur 213 km², la Ville de Sèvremoine concentre aujourd’hui plus de 25 500 habitants, ce qui en fait la 4e commune du département. Un beau challenge pour celui qui démarra sa carrière en 1998 en tant que technicien en assainissement en Normandie, avant de passer le concours d’ingénieur territorial en 2005.

Organisation des services

Qui dit nouvelle commune dit organisation nouvelle des services techniques. “En binôme avec un élu, nous avons donc réalisé un audit des différents services dans chacune des communes existantes. Objectif : évaluer les forces en présence. Des rendez-vous individuels ont également été organisés avec tous les agents (compétences, ambition générale, attachement géographique à leur lieu de travail…). Ils avaient tous la possibilité de postuler à des fonctions supérieures” indique Emmanuel Lehuby. Aujourd’hui, la nouvelle organisation des services techniques s’appuie sur deux axes :
• le Pôle ingénierie, pluridisciplinaire, en charge des grands projets structurels dans la Ville (chantiers urbains et ruraux, aménagements de lotissements, création de bâtiments publics…) ;
• les nouveaux Centres Techniques ’Territoriaux’, au plus proche des périmètres d’actions. Au nombre de trois, le plus important étant situé dans le territoire urbain de l’ancienne commune de Saint-André-de-la-Marche, les centres sont dirigés individuellement par un chef de services, recruté en externe, qui a la charge :
– du service Espace Public : entretien des espaces verts, de la voirie, des voies douces, des lotissements… ;
– du service Bâtiment : maintenance de premier niveau, dépannage ;
– du service Proximité technique : réservation de salles, programmation d’évènements culturels ou sportifs, apports de moyens logistiques, entretien des locaux…
Au total, 90 agents travaillent aux services techniques (25 femmes et 65 hommes), dont 33 sont rattachés au service Espace Public. En ville, les agents sont facilement reconnaissables, car ils portent tous la même tenue vestimentaire. En effet, dans une logique d’économie circulaire, visant notamment à préserver les emplois locaux, les agents sont habillés par une entreprise locale, le Groupe Mulliez-Flory.

Changement de pratiques

En 2014, un premier plan de gestion différenciée a été mis en œuvre dans chaque commune déléguée. Celui-ci doit faire l’objet d’une nouvelle approche. “Les espaces de prestige sont à réviser, certains déclassés car leur périmètre est trop important au regard des usages et des besoins. Un agent, spécifiquement consacré au Plan de Gestion de l’Herbe a également été identifié dans l’organigramme mis en place, pour définir des stratégies d’amélioration. Cela a notamment concerné le fleurissement : agrandissement des massifs existants au détriment des jardinières et suspensions, plantation massive de bulbes et de vivaces à l’esthétique pérenne, intégration de l’arrosage automatique…” précise-t-il. A noter : les communes regroupées conservent leurs labels respectifs, de 2 à 3 fleurs.
Concernant les 11 cimetières gérés par la Ville, Emmanuel Lehuby a proposé d’investir dans la reconquête de ces espaces à forte sensibilité. “Pour tenter de désherber les sols sans utiliser de produits phytosanitaires, les collectivités doivent obligatoirement investir dans du matériel et des solutions de végétalisation” justifie le directeur des services techniques. “Rien que cette année, nous avons investi 150 000 € dans des solutions efficaces. Par exemple, le colombarium est désormais détouré d’un revêtement drainant. L’hydromulching permet aussi de végétaliser les espaces inter-tombes difficiles d’entretien”. Du côté des stades (18 en gazon naturel, 1 en stabilisé), tout est fait pour diminuer les coûts d’entretien, main d’œuvre comprise. “L’entretien des stades représente environ 3 000 heures de travail par an. Cette année, avec 30 000 €, nous allons investir dans des robots de tonte gérés en régie. Nous espérons ainsi dégager 700 heures de travail pour mobiliser les agents à d’autres tâches”. En parallèle, l’entretien des stades s’est ’remunicipalisé’ selon les propres termes d’Emmanuel Lehuby. “Avant le regroupement des communes, une entreprise était mandatée pour réaliser l’ensemble des opérations d’entretien : sablage, aération, défeutrage… C’était compliqué car le calendrier des interventions n’était pas toujours respecté. En même temps, les entreprises ne peuvent pas être sur tous les fronts ! Nous avons donc décidé de tout réaliser en régie et d’investir dans du matériel. Le coût des prestations réalisées par l’entreprise était de 35 000 € TTC/an. Cette somme a simplement été utilisée pour acheter du matériel. Le retour sur investissement est donc immédiat” explique-t-il. Toujours dans les stades, la fertilisation a été réadaptée. “En fonction des besoins réels du gazon, les doses ont été diminuées. La qualité des eaux de drainage, analysée par un laboratoire, prouve qu’il n’y pas de surconsommation de fertilisants. Résultat, la collectivité a économisé 7 000 €/an”.

Du matériel en commun

Le regroupement des services et des hommes a également induit celui du matériel. “A l’échelle de la ville, nous disposons d’un poids-lourd et de deux tractopelles. Nous formons aujourd’hui des agents à la conduite de ces engins. Quant aux matériels d’entretien portatifs, nous en avons peut-être trop à portée de main. Par exemple, nous avons 17 tronçonneuses, qui ne sont jamais utilisées simultanément” indique-t-il. Par ailleurs, la ville se densifie plus qu’elle ne s’étale, les surfaces à entretenir devraient se stabiliser. A ce sujet, “nous venons de finaliser notre PLU, qui indique clairement la densification des centre-bourgs. D’ici 2030, nous espérons compter plus de 32 000 habitants dans notre commune. En tout, 2 100 logements restent à construire, notamment sur d’anciennes friches et des délaissés privés. Nous faisons tout pour rendre la vie agréable à Sèvremoine” conclut Emmanuel Lehuby.

En bref :

• 25 500 habitants
• 360 km de voirie
• 19 stades (18 en gazon naturel, 1 en stabilisé)
• 50 aires de jeux
• 6 000 arbres (nombre non exhaustive)
• 4 800 points lumineux
• 90 agents (25 femmes, 65 hommes), dont 33 au service Espace Public
• Budget d’investissement (2019) : 9 M d’€ sur le budget
principal, dont 2 M d’€ pour les espaces publics et 200 000 € pour l’achat de matériels adaptés
• Budget de fonctionnement (2019) : 4 M d’€ environ,
dont 2 M d’€ sont gérés par les services techniques

Article du numéro de Août-Septembre 2019, abonnez-vous

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