Osons l’arbre à la ville comme à la campagne !

“L’arbre est l’être vivant végétal ayant le plus grand potentiel de rafraîchissement, de climatisation, d’ombrage, tout cela pour un plus grand confort urbain” prône Bruno Sirven. Il faut donc oser l’arbre en ville qui apporte bien plus de bienfaits qu’il ne créé de désagréments.

En étant l’être végétal le plus grand, le plus fort et le plus durable, l’arbre est un incroyable atout pour la biodiversité et le confort de nos villes. Le milieu urbain, qui regroupe une multiplicité de milieux certes souvent inertes et minéralisés, offre pourtant de multiples opportunités pour planter des formes héritées de nos campagnes. Ainsi, osons l’arbre et la diversité de ses formes et de ses espèces pour une ville du futur plus ombragée, accueillante, saine, durable et vivable.

L’arbre, cet être ô combien vénérable, est aujourd’hui sur toutes les lèvres. Des forêts urbaines que les grandes métropoles et agglomérations souhaitent planter à la Forêt amazonienne qui part en fumée, l’arbre est aujourd’hui reconnu un peu plus chaque jour comme acteur majeur, à la fois de lutte et d’adaptation au changement climatique. Mais beaucoup d’élus sont encore réticents : risques sécuritaires, dégradations des trottoirs, surveillance régulière, plaintes des habitants, risques d’allergies, entretien que l’on préfère éviter… certains en viennent même à abattre la majorité de leurs arbres, quitte à rendre l’espace urbain invivable et “infréquentable”. Une aberration sous nos latitudes, où les étés sont de plus en plus brûlants, et lorsqu’on connaît les multiples bienfaits de l’arbre. Ainsi, “il faut oser imaginer et réaliser un arbrement à la hauteur des différents enjeux environnementaux et sanitaires, fonctionnels et esthétiques, qui touchent à l’existence même des populations urbaines” témoigne Bruno Sirven, géographe et chef de projet chez Arbre et Paysage du Gers, qui prône une transposition des formes rurales de l’arbre au milieu urbain, pour une ville plus “durable” et propice à la biodiversité.

Les multiples formes rurales de l’arbre (petits boisements, haies bocagères, arbres isolés, alignements guidés ou allées plantées plus libres, lisières, vergers…) peuvent être transposées au milieu urbain et à sa diversité d’espaces publics (boulevards promenades, rues, faubourgs, parcs, squares…).

Ombre, fraîcheur,  biodiversité… une nécessité pour la ville du futur

A la ville comme à la campagne, “nous avons besoin d’arbres, à la fois pour leurs bienfaits sur la santé et pour leur réponse au changement climatique. Mais cette vérité est d’autant plus vraie en ville, milieu caractérisé par une dominante minérale et des sols artificialisés. L’arbre est l’être vivant végétal ayant le plus grand potentiel de rafraîchissement, de climatisation, d’ombrage, tout cela pour un plus grand confort urbain. Paradoxalement, alors que l’automobile lui a progressivement volé sa place dans les villes, qui ne cherche pas une place à l’ombre d’un arbre pour garer sa voiture, surtout lorsqu’il fait 40 °C ? L’absence d’arbre est donc aujourd’hui catastrophique pour les villes, et cela partout en France. Et quand un élu semble réticent à planter des arbres et veut en abattre pour diverses raisons valables, je lui réponds que je vois aujourd’hui des places de villages désertées dans le sud de la France, où les terrasses de café et les commerces ont fermé, car tous les arbres y ont été abattus et que la chaleur y est infernale. Ainsi, il faut de l’ombre pour, les places, les marchés, les aires de jeux, les jardins, afin d’accompagner les trajets et les flâneries. L’arbre est un parasol hors-pair dont ne peuvent se passer nos villes aussi bien méditerranéennes que celles du Nord de la France. Le pouvoir de l’arbre réside également dans le fait qu’en tant que plante géante, dure et durable, il tient une place d’autant plus importante dans l’espace et dans le temps, et dont les effets, sont, de fait considérablement augmentés. Il offre par exemple à la biodiversité un véritable abri pérenne. En effet, plus qu’aucun autre végétal, il offre le gîte et le couvert à une faune diversifiée car, chez lui, tout se consomme (bourgeons, feuilles, branches, écorce, lichen…). Un incroyable cortège lui est ainsi associé (faune, flore et fonge) aussi bien visible qu’invisible, car ce que l’on voit en partie aérienne se retrouve également en souterrain”.

Planter en milieu urbain : plus de potentiel que l’on croît !

Installer un arbre en ville n’est pas une mince affaire, tout le monde en conviendra, le milieu étant principalement inerte et stérile. Mais comme l’explique Bruno Sirven, “il s’avère que les opportunités sont plus nombreuses qu’on ne le croit. Effectivement, la ville est caractérisée par une grande diversité d’espaces où les contraintes et éléments naturels (eau, relief, pédologie) sont aussi présents. Bords de route, talus, abords de campings ou de stades, zones inondables ou encore bords de rivière sont autant d’opportunité pour planter un arbre isolé, un petit bosquet. Et cela peut se faire à moindre frais, en laissant s’ensauvager ou se régénérer de façon spontanée un lieu tout en le contrôlant, ce qui assure d’ailleurs, par la suite, un entretien moindre et une plus grande durabilité d’implantation du végétal. Les espaces privés sont également un potentiel énorme de développement du patrimoine arboré, à l’image de beaucoup de villes, même en Afrique, où les nombreuses cours intérieures sont mouchetées d’arbres. Les périphéries urbaines présentent aussi un incroyable potentiel : étonnamment, c’est au niveau de zones de lotissements construits il y a 20 à 30 ans que l’on retrouve souvent le plus de biodiversité (insectes, oiseaux, abeilles), remplaçant les périphéries horticoles d’antan”. Ainsi, si vos centres urbains sont trop denses, plus d’excuses ! Encouragez les propriétaires à planter sur les espaces privés et profitez du potentiel qu’offrent les périphéries pour développer votre patrimoine arboré et, par ce biais, la biodiversité !

“Un arbre, même mort, apporte la vie”. Ainsi, pour favoriser la biodiversité en ville, il est bien de conserver des arbres morts dans des endroits sans risques sécuritaires. Souvent étêtés de façon à n’être pas trop hauts et ébranchés, et ressemblant alors à des sortes de totems, de nombreux insectes et oiseaux s’en emparent volontiers.

Un “arbrement minimum” et adapté

L’objectif est de réussir un bon “arbrement”. Pour cela, plusieurs facteurs entrent en jeu.
Tout d’abord, sur la forme : “il faut adapter les formes végétales des campagnes au degré d’urbanité des villes, aux ambiances désirées et bien sûr à l’espace disponible et à son échelle de paysage. Et attention, le propos n’est pas de recréer la forêt amazonienne chez nous, mais chacun peut respecter un ‘arbrement minimum’ sans forcément implanter une forêt urbaine. La pensée française est en effet bien souvent manichéenne : c’est tout ou rien, alors même que la gamme des possibles est large ! Le maître mot est alors le ‘bon dosage’ et chaque ville peut trouver son compte à travers les multiples formes rurales de l’arbre : petits boisements, haies bocagères, arbres isolés, alignements plus guidés ou allées plantées plus libres, voûtes boisées, lisières, vergers… chacune étant adaptée à des profils spatiaux différents (boulevards promenades, rues, faubourgs, parcs, squares). Ces formes, que j’appelle ‘équipements’, sont ainsi définies par des rythmes, des densités, des effets de transparence différents qui répondent à la diversité des espaces et ambiances que l’on trouve en milieu urbain” complète Bruno Sirven.
Ensuite, sur le fond, c’est-à-dire sur la sélection des espèces : “l’important est de choisir l’arbre qui se débrouillera le mieux possible sans quasiment aucune aide (le milieu urbain est tout de même rude pour un arbre livré à lui-même !), autrement dit le plus autonome et le plus durable. Ainsi, il s’agit de choisir un ‘arbre de pays’ que l’on trouve à proximité, adapté aux contraintes locales (climatiques, pédologiques), sans pour autant être une espèce ‘locale’. En effet, en France, celles-ci (chêne, érable, frêne…) ont une aire de répartition qui dépasse l’Europe ! Arbres sauvages ou domestiques, tant que l’arbre se débrouille et est adapté, il n’y a pas de dogme !”.

Introduire la diversité à chaque échelle

Quand on parle de diversité, il faut certes offrir une mosaïque de milieux, mais il ne faut pas tomber dans l’extrême et essayer à tout prix de réaliser des alignements d’arbres de 15 espèces différentes par exemple. Comme en témoigne le chef de projet d’Arbre et Paysage 32, “comme d’habitude, tout est question de juste dosage et la diversité se développe à différentes échelles de réflexion :
• pour commencer, à l’échelle du territoire : le fait d’avoir un alignement de 150 m de chênes puis, 50 m plus loin, un second alignement d’érables sur 100 m de long amène déjà de la diversité. Il ne s’agit donc pas, coûte que coûte, de trouver une palette hyper-diversifiée au sein d’un même alignement, d’autant plus que l’exercice est complexe au vu de la gamme déjà restreinte par les contraintes du milieu urbain. C’est donc à une échelle globale qu’il faut réfléchir, notamment à travers des outils comme le PLU, et dans les projets d’aménagement neufs où le principe de bocage peut, par exemple, être transposé ;
• puis, au sein même de la palette végétale des ligneux : arbres de moyen ou de haut-jet, arbustes petits et grands et plus ou moins buissonnants, il s’agit d’utiliser les différentes opportunités verticales des strates ligneuses. Et c’est sans oublier les lianes qui sont adaptées au milieu urbain dense, de nombreuses communes ayant entamé un important travail pour permettre les plantations en pied de façade. C’est dans cette logique que l’idée d’un ‘bocage urbain’ est particulièrement intéressante ;
• enfin, il faut savoir faire varier les compositions et les formes en fonction de leur emprise horizontale : ligneux isolés, linéaires, surfaces, en continu ou en discontinu… La variété de ces formes participe de fait à la diversité des milieux et donc à la biodiversité”.

Conserver l’existant, anticiper le renouvellement

Face à la nécessaire préservation de la biodiversité, un plaidoyer doit être fait en faveur des “vieux arbres” en ville ou, en tout cas, des arbres existants, le turn-over étant particulièrement rapide en ville et l’arbre n’atteignant rarement plus de 60 à 80 ans. “Il faut que les paysagistes et les urbanistes, et plus globalement les aménageurs soient moteurs dans l’utilisation de l’existant, car l’acte de planter est un traumatisme pour tout le monde : l’arbre, le sol…” prône Bruno Sirven. Aussi, les arbres d’un certain âge offrent bien plus de services écosystémiques qu’un jeune plant et accueille, par leur taille, une faune plus importante. Il est donc nécessaire de conserver les formations en place mais cela implique, de fait, d’anticiper leur renouvellement et, cela, de façon régulière. “Sur une place plantée d’une trentaine d’arbres, le fait d’en remplacer 3 à 4 de façon cyclique permet de ne pas dénaturer l’ambiance paysagère et d’offrir de l’ombre en continu. Pour les alignements très structurés, le renouvellement est moins évident : souvent l’ensemble des sujets est abattu. Le principe de contre-allée plantée, qui recrée une lisière arborée, est alors intéressant en offrant de l’ombre le temps que le nouvel alignement prenne le relai. Selon ce système de relais qui est fondamental, la haie bocagère, avec plusieurs sous-étages de végétation, propose un bon ‘fond de roulement’ que ce soit pour ses actions climatiques que pour son rôle en faveur de la biodiversité” conclut Bruno Sirven.
Ainsi, osez l’arbre en ville : inspirez-vous de nos campagnes pour dessiner les trames vertes urbaines de demain, qui seront autant de corridors écologiques pour la faune et la flore urbaine et de couloirs verdoyants et frais pour les concitoyens.

Pour un milieu vivant
Pour Bruno Sirven, auteur de l’ouvrage ‘Le Génie de l’Arbre’, qui pose des fondamentaux et des éléments de logique trop souvent oubliés aujourd’hui pour planter des arbres en ville, un milieu vivant s’établit
par la complexité du paysage qui entrecroise quatre grands paramètres nécessaires :
• hétérogénéité des espaces : il faut créer une mosaïque
de milieux entre espaces ouverts/fermés, petits/grands,
continus/discontinus ;
• rugosité des surfaces : la vie doit pouvoir “se frotter,
s’accrocher” à des obstacles qui filtrent les flux biotiques
et abiotiques (vent, eau, gaz, animaux, végétaux,
champignons, bactéries…) qui leur assurent à la fois fluidité et fixité : éléments topographiques comme des arbres, haies, prairies, murets, talus, reliefs divers…;
• la porosité du substrat : un maximum d’échanges doit être possible entre l’atmosphère (l’air et le ciel) et la géosphère
(la Terre) ;
• la diversité des espèces.

Article du numéro d’Octobre 2019, abonnez-vous

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