Le paysage au service de l’économie d’une ‘agglo’

“Ce qui m’a aidé dans ma carrière est le fait d’avoir travaillé avec une équipe municipale stable, adoptant une stratégie politique durable et lisible pour nous. Voilà pourquoi je suis toujours là après 30 ans. Par exemple, si 30 dossiers sont instruits par les services, 30 sont inscrits au budget dans les deux ans qui suivent et 30 sont exécutés…”.

Avec des mètres carrés d’espaces verts et de nature gagnés sur l’enrobé, un Schéma Directeur Immobilier supprimant le bâti inutile et coûteux, des activités de services suivies scrupuleusement, une enveloppe d’investissement matériel non compressible chaque année… les services techniques de la Ville d’Argentan (61) sont bien rôdés. Ville-centre de la Communauté de communes Argentan Intercom, cette cité normande peut compter sur François Jean, directeur historique des services techniques, pour mener à bien leur orientation en vue notamment de dynamiser le cœur économique de la ville.

A61 ans, le directeur des services techniques de la Ville d’Argentan est un homme d’expérience. Diplômé d’un BTA agricole et d’un brevet de technicien en horticulture et paysage, François Jean ne s’imaginait pas un jour devenir directeur des services techniques (DST) d’une collectivité d’environ 14 000 habitants. D’abord stagiaire dans la fonction publique territoriale, ce natif d’Argentan fait naturellement ses premières armes dans le service espaces verts de la ville qui l’a vu grandir. En l’espace de quelques années, il passe successivement deux concours afin d’être surveillant de travaux dans un premier temps puis technicien supérieur dans les espaces verts. C’est à Rueil-Malmaison, dans les Hauts-de-Seine, qu’il officia en premier lieu comme technicien, avant d’être muté au bout de deux ans à Angers en tant que responsable des équipements sportifs (15 stades pour autant de complexes indoor), alors gérés par la direction des espaces verts. “A cette époque, j’ai effectué de nombreux stages dans la gestion analytique des crédits, dans le domaine de la sécurité dans l’entreprise, en management…” se souvient-t-il. Après trois ans à Angers, la Ville d’Argentan décide de lui proposer le poste de directeur des services techniques, une entité qui, jusqu’alors, n’existait pas. “Il fallait tout organiser et structurer l’intégralité des services. Moi qui voulait occuper ce poste pendant 5 à 6 ans, j’étais loin de me douter que 30 ans plus tard, je serais toujours à la direction…” indique-t-il.

Organisation des services

Regroupant 99 agents, les services techniques se structurent de la manière suivante :
• le service ’Espaces verts et Environnement’ : 35 agents déployés sur tout le territoire communal. Cinq équipes de 3 à 4 agents sont affectées à autant de secteurs géographiques. 3 agents assurent le suivi des mobiliers urbains et des aires de jeux. Tandis qu’une équipe complémentaire de 7 agents, mobile sur toute la ville, assure les tontes, l’entretien des stades et le bûcheronnage d’hiver, une autre équipe de trois agents est spécialement dédiée à la plantation et au suivi des plantes vivaces. “Bientôt, notre expertise (conseils dans la gestion différenciée, dans le choix des végétaux…) sera mutualisée avec les autres communes, qui bénéficieront de notre savoir-faire” indique le DST ;
• le service ’garage et transport’, composé de 11 agents gère l’ensemble du parc véhicules de la Ville, d’Argentan Intercom et du Syndicat Intercommunal de collecte et de traitement des ordures ménagères. “On est prestataire de services pour Argentan-Intercom et le Syndicat intercommunal. On les facture tous les 3 mois” précise-t-il. Ce pôle intègre aussi le réseau de bus et la compétence mobilité, qui examine tous les problèmes de déplacement à l’échelle de la ville et de l’intercommunalité ;
• le service ’soutien technique aux manifestations’, comprenant 8 agents en charge de plus de 800 évènements annuels (prêt de tables et de chaises, installation de chapiteaux…) ;
• le service propreté, composé de 7 agents ;
• le service ’voirie domaine public’ (5 agents), s’occupant des travaux d’entretien de voirie dans l’espace public et privé de la Ville, des réseaux, du mobilier urbain, des problèmes d’entretien courant… ;
• le service ’patrimoine bâti (inter)communal’, en commun avec Argentan Intercom. “Le DST de l’intercommunalité et moi-même prenons les décisions ensemble sur le devenir du patrimoine bâti” précise-t-il. Plusieurs corps d’état bâtiment sont agents municipaux : électricité, maçonnerie, menuiserie, plomberie, serrurerie… Une équipe, composée d’agents intercommunaux, est chargée des interventions rapides. A noter que les agents sont transversaux : ceux de l’intercommunalité travaillent également pour la ville, et inversement. C’est, en tout cas, la gouvernance actuelle.
L’encadrement prend en charge ces travaux en régie, le suivi des contrats de prestataires, les marchés publics de travaux neufs et de réhabilitation. Au total, 26 agents constituent la direction des bâtiments.
Un ingénieur hygiène-sécurité, un magasinier, un assistant de gestion, un poste de secrétariat-accueil, un poste de saisie informatisée de l’activité, un dessinateur-projeteur TCE et un responsable Etat des lieux suivi du patrimoine immobilier complète l’effectif de la direction des services techniques de la Ville.

Des économies de bon sens

Premier poste : la main d’œuvre. “En l’espace d’une dizaine d’années, nous avons réduit nos effectifs de 15 %. Par contre, nous avons augmenté la ’matière grise’, en recrutant et en formant de ’vrais’ professionnels. Par exemple, 7 agents composent aujourd’hui le service propreté, contre 13 auparavant. Le tout, sans négliger le travail et le bien-être des agents. Tout s’est fait progressivement à l’occasion des départs en retraite” précise le DST. Concernant le patrimoine bâti, géré en commun avec l’intercommunalité, un Schéma Directeur Immobilier a permis à la Ville de se débarrasser de tous les bâtiments jugés vétustes et/ou inutiles. Des associations éparses ont, par exemple, été regroupées sous le même toit. Economie annuelle pour la Ville depuis la mise en place de cette stratégie : environ 450 000 €, du fait notamment de la réduction des charges, des opérations de maintenance parfois coûteuses, de la main d’œuvre mobilisée (charges et salaires), de la vente d’immeubles réhabilités… Du côté des espaces verts, les 35 agents doivent entretenir 76 ha à effectif constant, des surfaces qui ne cessent d’ailleurs de s’agrandir. “Notre approche des espaces verts est de moins en moins horticole, mais davantage paysagère. La priorité est donnée aux vivaces et surtout, au gazon. Récemment, nous avons fait un travail de recomposition, ou plutôt de correction de nos espaces publics. Là où il était possible d’engazonner, nous le faisions. Esthétiquement et sans intrants, c’est mieux qu’une surface minérale, et l’entretien est beaucoup plus facile. Chez nous, le vert l’emporte ! N’oublions pas également que dans le monde du paysage, la simplicité est synonyme de beauté !” explique-t-il. Simplicité également dans l’entretien des arbres. Fini les tailles en rideaux, parfois en marquise, des tilleuls. Les arbres en mauvais état, dont les moignons alourdis par les tailles successives (d’autant plus vrais sur les tilleuls) ont été abattus pour les remplacer par des essences adaptées, plantées dans des fosses bien calibrées et parfaitement distancées entre elles. Aujourd’hui, l’entretien des arbres restant en rideaux taillés est réalisé par un prestataire (coût : 20 000 €/an). “Indirectement, on a gagné des centaines d’heures de travail, que l’on a injectées dans d’autres tâches. D’ailleurs, c’est notre politique, gagner des heures avant de gagner des euros…” affirme-t-il. Exit aussi les chrysanthèmes, excepté dans les endroits stratégiques. “Planter des chrysanthèmes pour qu’au bout de trois semaines le gel les emporte n’est pas raisonnable”. Le service espaces verts mise également sur l’innovation pour être compétitif. “Notre équipe spécialisée dans le suivi des vivaces testent actuellement des plantes allélopathiques dans nos massifs. L’objectif est de constituer un catalogue de références et de plantes innovantes qui fonctionnent sur notre territoire et c’est déjà très avancé !”. L’innovation concerne aussi le matériel. “Il n’y a pas de secret, du bon matériel est un garant de l’efficacité des services autant que la formation continue. Chaque année, en proportion de nos besoins, nous bénéficions d’une enveloppe immuable de 200 000 € pour investir dans du matériel dernière génération. Nous y tenons” indique le DST.
Le service Environnement gère aussi les friches urbaines, les déconstructions et dépollutions aux fins d’aménager ou de reconstruire.

Un centre-ville dynamique

L’un des enjeux majeurs des collectivités est d’éradiquer par tous les moyens les phénomènes de paupérisation et de désertification commerciale des centres villes. Pour limiter les panneaux indiquant ’boutique fermée’ ou ’maison à vendre’, la Ville d’Argentan s’est largement investie depuis plusieurs années. “Il faut créer une centralité, afin qu’elle devienne une ’locomotive’, autrement dit une succession d’aménagements fonctionnels. Par exemple, à l’emplacement d’une salle des fêtes devenue vétuste, nous avons construit un pôle de santé regroupant 22 praticiens libéraux. A partir de cette base ’bâtie’, nous en avons profité pour requalifier le parvis de la mairie tout proche qui, sans le pôle de santé, n’aurait pas été judicieux car isolé, constituer un aménagement urbain qualitatif, revoir aussi les sens de circulation (il était plus facile de sortir que d’entrer dans le cœur de ville !), habiller les façades de fresques murales sur le thème de l’histoire de la ville… Pour lutter contre les grandes zones commerciales périphériques, la collectivité se doit également de créer du service. Rien qu’une aire de jeux ou des bornes Wifi permettent de créer un plus que les consommateurs n’auraient pas à l’extérieur. La dimension paysagère est très importante, elle permet de qualifier, de renforcer et surtout de personnaliser l’ambiance urbaine car elle crée des connexions entre les espaces” détaille le DST.
Dynamique et ambitieuse, malgré une désindustrialisation progressive ayant marqué le passé de la ville, Argentan connaît un second souffle grâce à des décisions politiques fortes et durables, des espaces publics ’verts’ et serviciels, ce qui n’est absolument pas antinomique, et des hommes de conviction, dont François Jean, qui a su marquer sa génération et peut-être les suivantes.

En bref :

• 13 900 habitants
• 76 ha d’espaces verts
• 1 050 arbres en alignement ou composition urbaine + 3 800 sujets environ en boisement naturel
• 63 km de voirie
• 99 agents, dont 35 au service espaces verts-environnement sont rattachés à la Direction des Services techniques
• Budget de fonctionnement des services techniques : 1 827 600 € (hors masse salariale mais intégrant toutes les consommations d’énergie et fluides)
• Budget d’investissement des services techniques : 1 200 000 €

article du numéro de Novembre- Décembre 2019, abonnez-vous

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