Covid-19 :
les services s’adaptent

Si les mesures de confinement ont fortement impacté le quotidien de millions de Français, tant sur le plan personnel que professionnel, les services municipaux s’organisent, non sans difficultés, pour remplir certaines de leurs missions compte tenu des urgences et priorités.

Soignants, chauffeurs-livreurs, magasiniers dans la grande distribution… Autant de personnes dévouées et volontaires. Mais dans la gestion de cette crise, les grands oubliés sont certainement les agents des services techniques, toujours en première ligne pour nettoyer (et désinfecter) nos rues ainsi que le mobilier urbain, ramasser les ordures, embellir notre cadre de vie, continuer certains chantiers en régie, anticiper une sécheresse précoce…
Le tout, avec des effectifs souvent réduits, qui doivent d’ailleurs respecter scrupuleusement les gestes barrières sur le terrain, et des approvisionnements ralentis de matériels, parfois au compte-goutte (notamment des masques !).

Taux de présence des agents

D’une collectivité à une autre, le taux est très variable, aux alentours de 30 à 50 %.
A Lunéville, en Meurthe-et-Moselle, le service parcs et jardins, composé habituellement de 18 agents, n’en compte plus que 7.
Les effectifs ont été réduits afin de permettre aux agents de respecter les distances ‘barrières’, et travailler ainsi dans le respect des consignes données par la municipalité et par le gouvernement” précise Claire Lefevre, responsable du service parcs, jardins et aménagements paysagers à la Ville. Même constat à Calais. “Au niveau des effectifs, nous avons mis en sécurité tous les agents présentant des risques pour leur santé. Les principaux cadres sont en télétravail. Nous avons des agents qui sont disponibles en cas de besoin, mais la plupart sont en confinement. Nous assurons une permanence avec un cadre présent chaque jour dans le service” indique Éric Bouton, responsable des espaces verts. D’une façon générale, tout évolue au rythme des décisions politiques.
“A l’annonce du confinement, en mars dernier, tous les agents ont été renvoyés chez eux, tout en restant joignables et en se tenant à disposition si besoin (astreinte). Puis, fin mars, nous avons pris la décision de reprendre certaines missions, notamment la tonte des sites stratégiques” précise Thierry Suire, responsable du service espaces verts du Passage d’Agen, une commune de 9 500 habitant ssituée dans le Lot-et-Garonne.

Mobilisation des agents sur le terrain

Pour assurer un service minimum, les agents qui sont mobilisés sur le terrain le sont uniquement parce que leur intervention est jugée impérative : ramassage des ordures, tonte, arrosage… “Tout d’abord, il a fallu justifier la nécessité de continuer à entretenir les espaces verts auprès des élus. Je l’ai justifié en indiquant qu’une minorité des agents travaillerait, et que pour le moral de la population, cela était très bénéfique de voir des espaces bien entretenus, dont ils profiteront après le confinement. Actuellement, nous avons deux agents qui travaillent 4 heures le matin et 4 heures l’après-midi en décalé d’une demi-heure” explique Emmanuel Corbin, responsable du service espaces verts de Divonne-les-Bains, dans l’Ain.
A La Roche-sur-Yon, en Vendée, Christian Rautureau a mis en place la stratégie suivante :
“à la fin de première semaine de confinement, on a organisé la reprise de la tonte pour les squares et parcs du centre-ville, ainsi que les espaces verts qui bordent les axes principaux. Quatre ‘tondeurs’, qui travaillent depuis deux entrepôts, se sont portés volontaires. Dans les faits, la tonte a démarré la deuxième semaine. Nous avons aussi agrandi nos zones de fauche pour diminuer nos zones de tonte” indique-t-il. De l’avis de tous, les tontes et les fauches ont vraiment marqué le ‘déconfinement des agents’. “Les tontes ont seulement été arrêtées pendant 15 jours, donc ce n’était pas dramatique, d’autant qu’avec les fraîcheurs tardives, l’herbe n’avait pas beaucoup poussé. Nous avons la chance d’avoir mis en place une gestion différenciée depuis de nombreuses années, et de façon assez étendue. Dans de nombreux sites (environ 60 au total), nous ne tondons que les cheminements et les bandes de propreté. Et chaque semaine, pendant deux jours, deux agents sont mobilisés sur les autoportées. Pas plus de deux agents par mission, avec chacun un véhicule pour intervenir séparément” précise Thierry Suire. Notons aussi la reprise des tontes sur les terrains de sports. “Depuis le 23 mars, les tontes des stades ont également repris et les réseaux d’arrosage ont tous été remis en route. J’ai aussi deux agents qui préparent les structures pour notre jardin éphémère que nous devons installer début juin en centre-ville, Place du Théâtre. Nous avons aussi recontacté les quatre entreprises qui ont des contrats d’entretien avec nous ; trois ont repris partiellement depuis début avril. Nous avons vérifié leur plan de continuité d’activité” indique Christian Rautureau.

Maintenir le contact avec les agents

Dès la deuxième semaine de confinement, j’ai créé un mailing avec les mails personnels de nos agents. J’ai appelé ce groupe ‘Coronavert’, et j’ai déjà diffusé cinq bulletins où je donne les informations du service, de la direction, de la mairie. J’ai eu de très bons retours des gars et de la direction générale. Pour l’instant, j’arrive à toucher 70 agents” détaille Christian Rautureau. Surtout, ne pas rompre les liens avec les agents. “Pour garder le fil, je les appelle chacun au moins une fois par semaine pour les tenir informer des évolutions, des tendances à venir. Beaucoup de questions fusent mais tous les agents sont très motivés… Ils veulent reprendre du service ! Pour l’heure, afin d’assurer la continuité de nos missions, l’adresse mail des services techniques, qui permet de remonter toutes les demandes des usagers (branches cassées, panneaux couchés…), est accessible depuis l’ordinateur privé des responsables. Je suis moi-même en contact quasiment tous les jours avec la directrice des services techniques. Je passe au bureau tous les jours également, sinon je télétravaille” indique Thierry Suire.

Production, plantation, livraison…

Le confinement s’est opéré en pleine période de production. “Nous avons mis en place une équipe réduite qui assure le repiquage des jeunes plants livrés récemment et celui des plants semés en début d’année. Là encore, nous espérons que quand tout rentrera dans l’ordre, nous aurons de quoi assurer un cadre agréable à ceux qui redécouvriront la joie de se promener en ville. Nous avons aussi assuré le repiquage des vivaces que nous avions reçues juste avant le confinement en pots de plus grand calibre afin de pouvoir les planter si la reprise est rapide, ou tout du moins les conserver pour une plantation à l’automne. Dans la même logique, nous avons planté dans notre pépinière les arbres qui venaient d’être livrés pour les différents remplacements en ville, ils sont suivis grâce à l’arrosage automatique” indique Éric Bouton. Pépinière toujours, “nous avons deux agents en production sous serres (un responsable et un agent). Dès le début, ils ont maintenu l’activité d’autant que nous avons reçu le 18 mars notre livraison de micromottes. Il était indispensable de procéder à leur repiquage, ainsi qu’au repiquage de nos propres semis” précise la responsable des espaces verts de Lunéville. “Les travaux concernant le fleurissement estival doivent commencer début mai pour les préparations de sol. Logiquement, nous devrons mobiliser plus d’agents, mais espérons que d’ici là, le confinement sera levé, dans le cas contraire, nous nous adapterons. L’activité étant réduite, les achats le sont également, toutefois ils peuvent se faire car nos fournisseurs habituels assurent les livraisons, nous pouvons réaliser nos bons de commandes en télétravail et fonctionner par mail et par téléphone” ajoute-t-elle. Une chose est sûre, les prochaines semaines seront décisives : déconfinement ou pas ? De façon progressive ? Masques obligatoires ? Quelles interventions pourront se programmer à nouveau dans l’espace public ? Beaucoup s’interrogent, notamment sur le rattrapage du retard accumulé (nettoyage des massifs, plantations estivales…). Mais nul doute que les responsables de service et les agents sauront, encore une fois, s’adapter.

A Maisons-Alfort, dans le Val de Marne

Dans cette ville 4 fleurs, les services municipaux sont mobilisés au minima pour entretenir et garder la commune propre et belle. “Nous avons tout organisé” précise Nicolas Fritz, directeur général des services techniques de la Ville. “Et tout mis en branle pour assurer, en respectant les gestes barrières, les opérations de propreté et de nettoyage, pour intervenir si nécessaire en matière d’éclairage urbain… Peu d’agents sont en télétravail. Pour ma part, je suis tous les matins au bureau pour gérer les dossiers urgents, donner les instructions. Le travail est réduit car nous n’avons pas de travaux à gérer et on est peu dérangé. Même si on est sollicité par les habitants qui sont confinés et qui en profitent pour ranger et débarrasser, et souhaitent que l’on enlève les encombrants. Mais là encore, on a réduit nos interventions car ce n’est pas une priorité. Les agents mobilisés assurent les opérations de ramassage des ordures pour maintenir l’hygiène publique et garder notre ville propre. Pour le service espaces verts, on a organisé un roulement de nos agents en mobilisant chaque jour une personne sur deux pour la tonte et la taille. Et si cela s’avère nécessaire, on appelle du renfort. En ce qui concerne le fleurissement de cet été, tout est commandé, mais rien n’a été encore réceptionné. Par ailleurs, pour les espaces verts et les terrains de sports, nos prestataires interviennent pour les travaux d’entretien avec une organisation spécifique pour eux aussi afin de respecter les gestes barrières sur les chantiers. Enfin, compte tenu des incertitudes relatives aux élections municipales, on ne peut pas non plus travailler sur les projets de mandat… Quelle drôle de vie !”.

A Nancy, autour de la place Stanislas

“Depuis le début du confinement, nous avons été 15 jours sous l’eau” explique Pierre Didierjean, directeur parcs et jardins de la Ville. “Il a fallu réorganiser les équipes, et les réduire pour respecter les consignes sanitaires et n’avoir qu’un agent par véhicule (équipé de gel et lingettes). On a réduit nos interventions aux tontes tout en les espaçant, aux travaux de propreté (débroussaillage…). Mais le printemps est là et la sécheresse aussi, on a donc mobilisé des agents pour procéder à deux arrosages hebdomadaires des bacs et jardinières. Chaque matin, deux agents sont mobilisés pour nourrir les animaux de l’espace animalier. Dans les serres, alors que nous recrutons beaucoup en CDD en avril-mai pour faire face aux opérations de repiquage, avec cette crise, on gère l’urgence. Aussi, j’organise le service et nos interventions le matin et l’après-midi. Je me challenge avec trois autres agents du service à celui qui repiquera le plus de plantes tout en respectant les distances sanitaires. Dans cette ville 4 fleurs, nous sommes attachés au cadre de vie mais dans la situation actuelle, nous maintenons notre belle cité propre et nous serons sûrement amenés à réduire de 50 % notre fleurissement estival ”.

 

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