Cours d’écoles : des oasis rafraîchissantes !

© Pro Urba

Actuellement, certaines municipalités ont fait le pari de débitumer les cours de récré’ et de planter davantage d’arbres afin de lutter contre les îlots de chaleur urbains. Fini l’asphalte noir, place aux revêtements clairs et drainants, y compris sur les aires de jeux.

A lors que les épisodes caniculaires récurrents font grimper chaque été le mercure dans la ville, nos seniors comme nos chers petits bambins souffrent des températures excessives (au-delà de 26-27 °C). Dans ce contexte climatique, quelque peu dilué aujourd’hui dans la crise sanitaire actuelle, mais tout aussi urgent, des collectivités avant-gardistes ont eu l’idée de transformer les cours d’écoles en zones drainantes, qui représentent d’ailleurs plusieurs hectares à l’échelle des grandes villes, afin de réduire les températures locales d’environ 1 à 4 °C.
Une idée pleine de bon sens. Cependant, des interrogations demeurent au sein des services techniques : par quoi remplacer l’asphalte omniprésent ? Comment ? Dans quelles conditions ?… Autant de questions qui méritent l’intervention de spécialistes.

Asphalte vs. béton drainant

Matériau le plus répandu dans les cours d’écoles, en raison de son coût relativement abordable et de sa simplicité de mise en œuvre, l’asphalte présente néanmoins l’inconvénient d’être très chaud en été et d’accentuer le phénomène d’îlots de chaleur. Et c’est là tout le problème. Ce revêtement non drainant est aussi peu écologique (présence potentielle de COV ou d’amiante) et se détériore rapidement (remontée des racines des arbres par exemple). C’est pourquoi, de nombreux maîtres d’œuvre préconisent le remplacement de l’asphalte par des matériaux drainants, à commencer par les bétons. “Le béton drainant est un matériau qui possède tous les atouts du béton traditionnel : durabilité, fabrication locale à base de matériaux d’origine minérale et disponibilité sur l’ensemble du territoire. La porosité contrôlée de ce matériau permet de concevoir des sols perméables, sans ruissèlement. Par ailleurs, sa teinte, bien plus claire que l’asphalte, permet de limiter l’élévation des températures sur ces espaces lors des pics de chaleur” résume Romain Delpont, chef de marché BPE chez Chryso.

© Eqiom Béton
Formulation du béton drainant

La formulation du béton drainant, qui est un mélange de liants hydrauliques et de pâte cimentaire, et sa mise en œuvre sont déterminantes dans la réussite des projets de désimperméabilisation des cours d’écoles. “Le béton drainant est un matériau technique qui requiert une bonne maîtrise de sa formulation. En effet, sa porosité, de 15 à 25 %, qui lui donne son caractère perméable, peut, en cas de mise en œuvre défaillante, fragiliser sa surface (apparition de fissuration ou déchaussement de granulats)” souligne le chef de marché de Chryso. Les collectivités doivent donc être accompagnées par des professionnels compétents qui maîtrisent parfaitement la technologie et les spécificités du matériau. D’ailleurs, il s’agira de vérifier le sérieux des prestations des entreprises en mobilisant des agents sur le terrain lors des chantiers. Ne serait-ce aussi que pour vérifier la conformité du matériau, notamment sur le plan esthétique, avec celui de l’échantillon, normalement exigé dans le cahier des charges du projet. “Afin de limiter les malfaçons, il est aussi fortement recommandé aux maîtres d’ouvrage de prendre conseils auprès d’experts lors de la préparation de leurs projets, et de détailler dans les documents d’appels d’offres les points critiques exigibles pour la fourniture du matériau.
A l’état frais, des paramètres tels que la cible de perméabilité, le dosage en eau par rapport au ciment ou encore la cible de maintien d’ouvrabilité sont des facteurs clés de bonne exécution d’un chantier. Ce dernier point est d’autant plus important qu’il va permettre d’assurer la réussite du chantier avec une application du produit dans des conditions favorables. D’autre part, à l’état durcit, la résistance au fendage est, par exemple, essentielle à la tenue dans le temps du matériau, alors que la planéité de la surface finie est gage de confort d’utilisation” ajoute-t-il. Sur le plan esthétique, les évolutions techniques permettent de concevoir des projets variés qui s’intègrent parfaitement dans leur environnement (couleurs claires disponibles pour diminuer l’effet d’albédo, textures variées, coloration en surface et motifs…).

© Partenaire équipement
Un sous-sol lui aussi drainant

“Toute la structure sous-jacente doit être perméable afin que les eaux de pluie s’infiltrent au plus près de leur point de chute” précise Mathieu Morel , responsable produits spéciaux chez Eqiom Bétons Région Ile-de-France/Normandie. En général, le sol, sur lequel et coulé le béton drainant, est filtrant sous les cours d’écoles. “Lors des travaux, les entreprises étalent d’abord une couche de graves drainantes 0/31,5 sur 30 cm d’épaisseur, déposent un géotextile puis coulent le béton drainant sur environ 15 cm. Si, de nature, le sol n’est pas filtrant, disons argileux ou que la collectivité cherche à capter et stocker les eaux de pluie en sous-sol, du béton imperméable est coulé sur 12-15 cm d’épaisseur afin de constituer un exutoire sous le béton drainant” détaille Frédéric Bernad, responsable promotion et prescriptions chez Cemex.
“Dans tous les cas, il s’agit ensuite de passer un stricker, un rouleau à gazon (pour compacter les premiers centimètres) et d’une lisseuse vibrante (type Mac Vibe).
A noter : pas de plaque vibrante munie de contreplaqué, cela a tendance, par effet ventouse, de faire remonter les granulats vers le haut et d’obtenir une surface abrasive, source d’égratignures sur les genoux des enfants !” ajoute-t-il.

Il n’y a pas que le béton drainant !

D’autres solutions permettent de transformer les cours d’école en asphalte en zones drainantes, y compris autour des arbres. Si des enrobés drainants sont disponibles, certaines entreprises proposent, par exemple, des revêtements siliceux résinés. “On peut proposer des revêtements minéraux durs, écologiques et totalement drainants comme le Terraway, composé d’agrégats siliceux naturels fixés par des liants epoxy ; les échanges gazeux, entre l’atmosphère et le sol s’en trouvent totalement favorisés ; on observe même l’absence de remontées racinaires liées à une bonne circulation des eaux de pluies. C’est le revêtement minéral le plus drainant qui existe, en témoigne l’absence quasi totale de flaques d’eau dans les secondes qui suivent un orage ; la vitesse d’absorption moyenne constatée est de 1 ; Cette solution est relativement simple à mettre en œuvre. Il s’agit principalement d’opération de malaxage d’agrégats siliceux lavés, séchés, non ou peu calcaires avec des solutions résines epoxy bi-composant ; l’application est réalisée à froid sur un support compacté préférablement drainant également, tel que des concassés compactés ou des graves compactées 2/32” développe Cécile Manien, responsable communication chez Pro Urba.

@Nidaplast
Sous les aires de jeux

Nombreuses sont les cours d’écoles qui possèdent une petite aire de jeux, composée de cabanes et autres toboggans. “En milieu scolaire, pour les sols amortissants d’aires de jeux, et au regard de la norme européenne EN-1177-2018 en vigueur, les sols les plus drainants seront les copeaux naturels calibrés et les gravillons roulés séchés 1/8. Mais leur entretien est un défi compte tenu de leur propriété fluente et du nombre de récréations… Il sera sans doute plus indiqué d’utiliser le revêtement le plus répandu qu’est le sol souple EPDM. Ce dernier a en effet une capacité drainante limitée (percolation lente), mais il sera d’un entretien plus facile en milieu scolaire. Il faudra donc veiller à l’appliquer sur un support également drainant ou, à défaut, sur un support avec un pourcentage de pente” indique Cécile Manien.Cependant, des solutions tirent leur épingle du jeu : les dalles alvéolaires. “Les grandes plaques en nid d’abeille (maille de 8 mm), composées à 95 % de vide, posées sur le terrain naturel, assurent, sous le sol synthétique, un drainage parfait. Elles procurent également une répartition de la charge sur la couche de nivellement, et garantissent, dans le temps, la planéité de la surface aménagée. En cas d’évènement pluvieux, la plaque, type Nidagreen, possède une importante capacité de stockage, permettant à l’eau de s’infiltrer dans le sol support ou de s’écouler progressivement vers les évacuations” indique Emeric Peugnez, du service markéting et communication chez Nidaplast. Sur surface étanche, il est recommandé de poser les dalles Nidagreen sur un géo-espaceur appelé Géoflow® qui assurera le drainage horizontal des eaux de pluie. Dans cette configuration les dalles Nidagreen® conservent leur fonction de stockage temporaire mais peuvent également servir de rehausse vis-à-vis du sol support. Leurs grandes dimensions offrent une répartition parfaite de la charge sur la couche de nivellement et garantissent dans le temps la planéité de la surface aménagée.Chez Partenaire Equipement, l’entreprise mise sur la solution ‘GrassWay’, facilement mise en œuvre par la régie d’une collectivité. “Ces dalles, composées à 90 % de PVC recyclé, sont 100 % recyclables et 100 % non-toxiques. Installées directement sur l’herbe, sans terrassement ni fondations préalables, les dalles GrassWay (1 m² chacune) sont rapides à mettre en œuvre. Faciles à manipuler et à positionner, elles s’emboîtent entre-elles et se fixent au sol à l’aide d’un kit de chevilles livrées directement avec le revêtement” explique Marc Omaly, directeur de Partenaire Equipement.
Les aménageurs des villes, en quête de solutions pour diminuer les îlots de chaleur urbains, l’auront compris : les revêtements drainants sont nombreux et fonctionnels. Il ne reste plus qu’à engager les travaux pour que les cours d’écoles deviennent résilientes sur le plan climatique…

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