Arrosage des jeunes arbres : les conseils des pépiniéristes

Confectionner une cuvette à la base de l’arbre, dont le diamètre est supérieur au diamètre de la motte, et la remplir à refus à chaque opération d’arrosage, comble les déficits hydriques constatés après la plantation.

Le bilan de l’été 2018 confirme les inquiétudes : des jeunes arbres n’ont pas survécu, faute d’un arrosage efficient. D’autres, pourtant plus âgés, ne passeront pas l’hiver. Autant dire, des plantations et donc des investissements perdus pour les collectivités. Comment assurer la reprise des plantations ? Quelles méthodes d’arrosage sont à prioriser ? Comment rendre l’arbre autonome sur le plan hydrique ? Des pépiniéristes expérimentés donnent de précieux conseils.

A la plantation, en raison d’une exploration racinaire réduite et d’un transfert hydrique très limité depuis les bords de la fosse, l’arbre est entièrement dépendant des apports en eau dans la motte. Il pleut et les températures sont clémentes ? Parfait. Cependant, les relevés météorologiques de ces dernières années (2018 est un très bon exemple) sont loin de cet idéal : le mercure monte en flèche dès le printemps jusqu’à l’automne, et les précipitations se font de plus en plus rares, si bien que les plantations, récentes voire plus anciennes, sont mises à rude épreuve. Résultat, de nombreux arbres ne survivent pas, notamment ceux plantés trop tard, avec un système racinaire restreint.
Aujourd’hui, un arbre planté ne peut donc s’affranchir d’un plan d’arrosage parfaitement maîtrisé, apportant la juste quantité d’eau au bon moment et surtout, au bon endroit. Conscients des prérogatives des professionnels, pas toujours disponibles pour arroser, les pépiniéristes vulgarisent justement une méthode simple, efficace et rationnelle sur les plans financier et humain pour qu’un arbre devienne autonome en eau dès la troisième année de plantation et survive plus tard aux épisodes de sécheresse récurrents.

La méthode de la ‘cuvette’

“Il y a beaucoup de méthodes d’arrosage, mais la confection d’une cuvette au pied de l’arbre est la meilleure qui soit… Et la plus pratique” affirme Laurent Chatelain, directeur des pépinières éponymes. “Par contre, il faut éviter les cuvettes sous les grilles d’arbres en zones urbaines, l’eau risquerait de stagner. Pas de drains non plus ! N’oublions pas que nous proposons du végétal, du vert, de la vie, donc le plastique est à éviter dans le paysage”. Marc Koehler, ingénieur commercial et horticole au sein des Pépinières Guillot Bourne II, partage le même avis. “Non seulement le plastique est à proscrire, mais les drains, déployés autour de la motte à la plantation, n’apportent pas l’eau à l’intérieur de la motte, là où les racines sont logées” précise-t-il. Les drains empêchent aussi certaines racines de sortir hors de la motte. D’où la confection d’une cuvette sans drain, dont le diamètre est supérieur à celui de la motte (10 à 20 cm de plus). Hauteur de la cuvette : environ 20 cm. Durée de vie de la cuvette : 6 mois à 2 ans (pour peu qu’elle soit entretenue).
Que dire des systèmes goutte-à-goutte, ceinturant le sommet de la motte ? “En présence d’un sol drainant, ce système aura tendance à ‘biberonner’ les racines, sans faire pénétrer l’eau à l’intérieur de la motte. Seules les racines les plus près du tronc seront arrosées. Du coup, on aura des arbres ‘poireaux’ sans racines d’ancrage, sensibles à la moindre tempête” explique Marc Koehler.

Volumes d’eau à apporter

Prenons l’exemple d’un arbre de force 20/25, peu importe l’essence dont il est question. Les quantités apportées (eau de forage ou de récupération dans l’idéal) doivent être progressives :
• Année 1 : 50 à 100 L d’eau/arbre/arrosage, en privilégiant l’humidification de la motte ;
• Année 2 : 125 à 175 L d’eau/arbre/arrosage ;
• Année 3 : 150 à 200 L d’eau/arbre/arrosage, en privilégiant la périphérie de la motte car les racines sont supposées se développées au-delà.
“Ces quantités ne doivent pas être systématiques. Tout dépend de la nature du sol (sable, argile…), du climat (zone venteuse, en pente)…” indique Marc Koehler, qui insiste aussi sur la qualité du premier arrosage, juste après la plantation. “Il faut bien plomber le sol, de sorte à ce que les particules de terre collent à la motte. Cela évite aussi la formation de trous d’air” conseille-t-il. Si l’eau s’infiltre difficilement dans la cuvette en deux ou trois reprises, y compris après 15 à 20 min d’attente (ce qui peut être le cas en présence d’un sol argileux), l’agent devra sortir la binette pour casser les croûtes de battance. Le problème persiste ? Un carottage permettra de vérifier l’asphyxie, signe notamment d’une fosse de plantation mal conçue. A ce sujet, Laurent Chatelain n’est pas vraiment convaincu du mélange terre-pierre. “A l’origine, le mélange terre-pierre était préconisé pour que les abords des arbres puissent supporter le passage des véhicules. Aujourd’hui, en incorporant un mélange terre-pierre un peu partout, on ajoute une contrainte supplémentaire à l’arbre urbain qui déjà doit en subir beaucoup. En cas de mauvais mélange (proportion, calibre des pierres…), ce qui est souvent le cas, des poches d’air se forment et le substrat devient trop drainant. L’arrosage devient compliqué. Ou, dans le cas inverse, le mélange devient trop compact et conduit à une asphyxie racinaire”.
Concernant les fréquences d’arrosage, les pépiniéristes recommandent entre 6 et 8 interventions par an. L’objectif est de forcer les racines à chercher l’eau en profondeur afin d’assurer un bon ancrage du sujet planté. Des arrosages en petite quantité et assez fréquents ne font que favoriser le développement des radicelles en surface.
Pour ajuster les quantités et les périodes d’arrosage, les tensiomètres et les dispositifs basés sur la colorimétrie du feuillage sont de plus en plus utilisés.

Arroser le sol… et les feuilles !

En période de sécheresse, encore trop de professionnels oublient d’arroser le feuillage des persistants. “Le bassinage matinal des arbres, jusqu’à ce que l’eau coule sur les feuilles, est essentiel à chaque arrosage. En effet, l’hygrométrie créée va permettre de diminuer l’évapotranspiration des feuilles. Par expérience, le bassinage augmente les chances de reprise de l’arbre de plus de 50 %” indique le directeur des Pépinières Chatelain. Surtout, ne pas attendre que les feuilles flétrissent pour arroser et bassiner, car il est déjà trop tard. “Au-dessus d’un certain seuil de sécheresse, l’arbre atteint un stress total, au point qu’il n’a plus la capacité, même après un arrosage copieux, de retrouver son état initial. C’est pourquoi, il est nécessaire d’arroser avant ce seuil critique et de respecter les fréquences d’arrosage” ajoute-t-il.
L’arrosage des arbres est une intervention essentielle, si ce n’est la principale, pour assurer la pérennité des ouvrages paysagers, contribuant ainsi, par leur abondance végétale, à rafraîchir l’air ambiant. Arroser n’est donc pas un acte dénué de sens, mais une opération nécessaire pour le climat de demain.

Tailler, planter, arroser !

Avant la plantation surtout en motte, une taille est indispensable. L’objectif n’est pas de réaliser une taille comme on le ferait en pépinières, mais d’effectuer une taille de formation, un habillage. Bref, rendre l’arbre propre, afin d’harmoniser le volume aérien et racinaire. Au niveau de la motte, il convient de bien dégriffer les chignons et tailler tout ce qui dépasse de trop. En pépinière, l’arrosage est supprimé (sauf en cas de grande sècheresse), avec l’objectif de rendre les végétaux plus robustes.
Attention également à bien veiller à ce que le diamètre de la motte corresponde à la force de l’arbre. Pour un arbre 20/25, un diamètre de minimum 70 à 90 cm est requis. Néanmoins, certains professionnels constatent que le diamètre de motte des arbres venus de toute l’Europe est revu à la baisse. Pourquoi ? Pour remplir au maximum les camions lors du transport !
D’où le recours à une production locale, où les arbres,
du bas jusqu’en haut, sont conformes aux attentes et aptes
à la reprise. Encore faut-il bien les arroser par la suite…

Article de Novembre-Décembre 2018, abonnez-vous

Arrosage des arbres : objectif autonomie !

Par l’intermédiaire de sondes tensiométriques, la mesure directe des forces de succion de l’eau dans le sol s’avère la méthode la plus pertinente pour analyser avec précision les besoins en eau de l’arbre dès sa plantation. Et un arbre bien arrosé est un arbre bien enraciné ; et un arbre bien enraciné prospecte l’eau en profondeur et résiste aux aléas climatiques !

Dès le premier mois de la première année de plantation, la seule ressource en eau d’un arbre provient exclusivement de la motte. Il est donc dépendant des précipitations et de l’arrosage, essentiels pour assurer la sortie racinaire hors de la fosse. D’où l’intérêt
de surveiller l’état hydrique du sol pour piloter les apports en eau, assurer la reprise de l’arbre et sa résilience à moyen terme, tout en rationalisant les moyens humains et financiers déployés.

A la plantation, les transferts hydriques et la colonisation racinaire sont souvent réduits à cause d’un compactage excessif des bords de la fosse. Indirectement, entre la phase de débourrement, marquant la fin de l’hiver, et la sortie racinaire, l’arbre récemment planté est particulièrement dépendant des apports en eau dans la motte. Seuls des systèmes d’arrosage spécifiques, type ‘RZWS’ d’Hunter, ou tout simplement un tuyau dirigé dans une cuvette de terre (la meilleure technique d’après les experts des sociétés Hydrasol et Urbasense), permettent d’apporter des quantités d’eau plus ou moins importantes à l’ensemble de la motte, selon l’essence en question, sa force et le climat.

Confection de la cuvette

Premièrement, la durée de vie d’une cuvette est de 6 mois à 2 ans. Certaines cuvettes, en paraffine, sont très efficaces. Elles se dégradent moins vite et limitent les travaux d’exécution pour les agents des espaces verts. Concrètement, le diamètre de la cuve doit correspondre à celui de la motte. Pelle en main, les agents doivent aussi réaliser des bords de cuvette d’environ 15 cm de haut, pas plus. Sur la motte, l’épaisseur de terre ne doit pas excéder les 3 cm, au risque de favoriser la rétention de l’eau en surface, au détriment des racines de la motte sous-jacente. Dans la majorité des cas, il est également inutile d’installer des drains pour arroser, les quantités d’eau apportées humecteraient la motte trop en profondeur, et non dans son ensemble. Enfin, les apports d’eau doivent être fractionnés afin de limiter les pertes (environ 5 à 7 interventions/an).

Pour que les jeunes arbres s’épanouissent, ils doivent
recevoir un arrosage adéquat et un échange d’oxygène régulier à tous les niveaux de la zone racinaire. Cela
encourage les racines à pousser en profondeur
et à rester en toute sécurité dans le sol, de manière
à ce que les plantes deviennent fortes et pérennes.
Des systèmes d’arrosage (ici RZWS d’Hunter), composés d’une série de cloisons, acheminent l’eau vers l’ensemble de la zone racinaire.

Détermination de l’état hydrique

Aujourd’hui, une conduite raisonnée de l’irrigation est non seulement fondée sur des données climatiques, mais surtout sur la disponibilité en eau du sol pour les racines. La mesure directe des forces de tension de l’eau dans le sol s’avère donc la plus pertinente. C’est le principe de la tensiométrie. Sur le terrain, trois sondes tensiométriques, mesurant ainsi les forces de succion nécessaires pour extraire l’eau du sol, sont placées à trois profondeurs correspondant respectivement à la zone d’enracinement.
“On n’est plus dans une ère où l’on arrose à l’aveugle. On arrose parce qu’il y a des bonnes raisons, et uniquement des bonnes raisons ! Continuer à arroser un arbre de plus de 4 ans pour ne pas qu’il dépérisse sous la chaleur signifie que l’arrosage n’a pas été performant ou réalisé pendant la période critique des 2-3 ans après la plantation. En somme, il n’est pas assez enraciné pour aller chercher l’eau en profondeur ! Or, la filière du paysage et les villes n’ont plus les moyens financiers et humains. Il faut rationaliser les interventions. D’où l’intérêt d’analyser précisément les besoins hydriques. Ce ne doit plus être un sujet économique, mais une nécessité ! On ne se pose plus la question du tuteurage quadripode maintenant que l’arbre dans de bonnes conditions de pousse, alors pourquoi mettrions-nous en doute les analyses alors qu’elles permettent de réaliser des économies importantes par la suite (reprise assurée, arrosage maîtrisé, rationalisation des interventions…) ? Surtout que le coût de l’analyse est compris entre 20 et 50 €/arbre/an, sans compter que l’on préserve aussi la ressource en eau” détaille Mickael Fayaud, co-fondateur et gérant d’Urbasense.

Une conduite raisonnée de l’irrigation est non seulement fondée sur des données climatiques, mais surtout sur la disponibilité en eau du sol pour les racines. La mesure directe des forces de tension de l’eau dans le sol s’avère donc la plus pertinente.

Arrosage : jusqu’à 24 mois après la plantation

Les objectifs sont clairs. A la fin de la première année, le développement racinaire hors de la motte doit être significatif, alors qu’au bout de la deuxième année, le personnel des espaces verts doit simplement constater la colonisation des racines, bien que celles-ci soient actives dans une zone de 0,8 à 1 m du tronc. “Une fois la deuxième année passée, l’irrigation n’est plus nécessaire et l’arbre peut survivre même lors de fortes sècheresses” soutient Laurent Mignonneau, responsable prescriptions chez Hunter. Alors pourquoi continuer à arroser ? L’arbre est censé être autonome ! “Encore trop souvent, des gestionnaires ne savent pas si l’arbre a bien pris, du coup, ils arrosent, faute d’outils de mesure” indique Mickael Fayaud. Et quand bien même, les arbres ‘adultes’ ont des racines qui dépassent largement la fosse de plantation ; il faudrait des quantités disproportionnées d’eau (plusieurs centaines de litres/arbre) pour alimenter en eau tout le volume racinaire ! Peut-être est-il plus judicieux d’améliorer la prospection racinaire, dépendante des conditions d’arrosage pendant les premières années de plantation, pour reconstituer des réserves en eau suffisantes et durables dans les années à venir ? Car de toute évidence, un arbre bien enraciné est un arbre capable d’aller chercher l’eau en profondeur !

Le problème du changement climatique

Quand les pluies n’engorgent pas les réseaux et lessivent les sols, à défaut de s’infiltrer correctement en profondeur pour alimenter les racines, les épisodes de sécheresse prolongés et les canicules mettent à mal la végétation, y compris les arbres. A cela s’ajoutent les températures clémentes dès fin février, annonçant le débourrement de manière précoce, et les faibles précipitations automnales. Si bien qu’aujourd’hui, les professionnels doivent faire face à un nouveau questionnement : que doit-on faire en fin de saison lorsque le sol s’assèche rapidement et qu’au cours de l’hiver, la réserve en eau du sol n’est pas reconstituée ? “Si les gestionnaires pensent être à l’abri de l’arrosage en hiver, ils ont tort !” précise Mickael Fayaud. “Lorsque les températures sont clémentes, il est fort à parier que la relance de l’activité biologique engendre un début d’ETP. En février 2017, par manque d’eau, des conifères d’Île-de-France ont ainsi dû être arrosés pour assurer leur reprise au printemps et ainsi éviter les pertes”. Autre exemple, à Montpellier. D’ordinaire, à l’automne, la sève descend et l’arbre ne pompe plus d’eau. Mais en l’absence de réserve en eau suffisante, des caducs sont arrosés en hiver dans le Sud de la France, juste avant le débourrement. “Et puis, il faut se dire une chose : les pertes d’arbres engendrées par le manque d’eau, en été comme en hiver, coûtent bien plus chères que les outils de mesure” ajoute-t-il. Par conséquent, il n’y a plus à douter : il faut analyser les besoins en eau avec précision et arroser, encore et toujours, pour que les arbres soient beaux, forts et résilients !

Recommandations

Selon les recommandations du Fascicule n°35 du CCTG,
la cuvette d’arrosage doit avoir une forme torique,
et non sphérique. Après la formation de la cuvette,
l’entrepreneur en charge des travaux de plantation doit
effectuer un premier arrosage. Sauf stipulations différant
du CCTP, les quantités d’eau pour ce plombage (des apports complémentaires de terre doivent être effectués pour
compenser la disparition du foisonnement) sont les suivantes :
• 10 L par jeune plant ;
• 15 L par arbuste ;
• 40 L par arbre en racines nues jusqu’à à la force 14/16 ;
• 100 L par arbre en motte au-delà de 14/16

 

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Covid-19 :
les services s’adaptent

Si les mesures de confinement ont fortement impacté le quotidien de millions de Français, tant sur le plan personnel que professionnel, les services municipaux s’organisent, non sans difficultés, pour remplir certaines de leurs missions compte tenu des urgences et priorités.

Soignants, chauffeurs-livreurs, magasiniers dans la grande distribution… Autant de personnes dévouées et volontaires. Mais dans la gestion de cette crise, les grands oubliés sont certainement les agents des services techniques, toujours en première ligne pour nettoyer (et désinfecter) nos rues ainsi que le mobilier urbain, ramasser les ordures, embellir notre cadre de vie, continuer certains chantiers en régie, anticiper une sécheresse précoce…
Le tout, avec des effectifs souvent réduits, qui doivent d’ailleurs respecter scrupuleusement les gestes barrières sur le terrain, et des approvisionnements ralentis de matériels, parfois au compte-goutte (notamment des masques !).

Taux de présence des agents

D’une collectivité à une autre, le taux est très variable, aux alentours de 30 à 50 %.
A Lunéville, en Meurthe-et-Moselle, le service parcs et jardins, composé habituellement de 18 agents, n’en compte plus que 7.
Les effectifs ont été réduits afin de permettre aux agents de respecter les distances ‘barrières’, et travailler ainsi dans le respect des consignes données par la municipalité et par le gouvernement” précise Claire Lefevre, responsable du service parcs, jardins et aménagements paysagers à la Ville. Même constat à Calais. “Au niveau des effectifs, nous avons mis en sécurité tous les agents présentant des risques pour leur santé. Les principaux cadres sont en télétravail. Nous avons des agents qui sont disponibles en cas de besoin, mais la plupart sont en confinement. Nous assurons une permanence avec un cadre présent chaque jour dans le service” indique Éric Bouton, responsable des espaces verts. D’une façon générale, tout évolue au rythme des décisions politiques.
“A l’annonce du confinement, en mars dernier, tous les agents ont été renvoyés chez eux, tout en restant joignables et en se tenant à disposition si besoin (astreinte). Puis, fin mars, nous avons pris la décision de reprendre certaines missions, notamment la tonte des sites stratégiques” précise Thierry Suire, responsable du service espaces verts du Passage d’Agen, une commune de 9 500 habitant ssituée dans le Lot-et-Garonne.

Mobilisation des agents sur le terrain

Pour assurer un service minimum, les agents qui sont mobilisés sur le terrain le sont uniquement parce que leur intervention est jugée impérative : ramassage des ordures, tonte, arrosage… “Tout d’abord, il a fallu justifier la nécessité de continuer à entretenir les espaces verts auprès des élus. Je l’ai justifié en indiquant qu’une minorité des agents travaillerait, et que pour le moral de la population, cela était très bénéfique de voir des espaces bien entretenus, dont ils profiteront après le confinement. Actuellement, nous avons deux agents qui travaillent 4 heures le matin et 4 heures l’après-midi en décalé d’une demi-heure” explique Emmanuel Corbin, responsable du service espaces verts de Divonne-les-Bains, dans l’Ain.
A La Roche-sur-Yon, en Vendée, Christian Rautureau a mis en place la stratégie suivante :
“à la fin de première semaine de confinement, on a organisé la reprise de la tonte pour les squares et parcs du centre-ville, ainsi que les espaces verts qui bordent les axes principaux. Quatre ‘tondeurs’, qui travaillent depuis deux entrepôts, se sont portés volontaires. Dans les faits, la tonte a démarré la deuxième semaine. Nous avons aussi agrandi nos zones de fauche pour diminuer nos zones de tonte” indique-t-il. De l’avis de tous, les tontes et les fauches ont vraiment marqué le ‘déconfinement des agents’. “Les tontes ont seulement été arrêtées pendant 15 jours, donc ce n’était pas dramatique, d’autant qu’avec les fraîcheurs tardives, l’herbe n’avait pas beaucoup poussé. Nous avons la chance d’avoir mis en place une gestion différenciée depuis de nombreuses années, et de façon assez étendue. Dans de nombreux sites (environ 60 au total), nous ne tondons que les cheminements et les bandes de propreté. Et chaque semaine, pendant deux jours, deux agents sont mobilisés sur les autoportées. Pas plus de deux agents par mission, avec chacun un véhicule pour intervenir séparément” précise Thierry Suire. Notons aussi la reprise des tontes sur les terrains de sports. “Depuis le 23 mars, les tontes des stades ont également repris et les réseaux d’arrosage ont tous été remis en route. J’ai aussi deux agents qui préparent les structures pour notre jardin éphémère que nous devons installer début juin en centre-ville, Place du Théâtre. Nous avons aussi recontacté les quatre entreprises qui ont des contrats d’entretien avec nous ; trois ont repris partiellement depuis début avril. Nous avons vérifié leur plan de continuité d’activité” indique Christian Rautureau.

Maintenir le contact avec les agents

Dès la deuxième semaine de confinement, j’ai créé un mailing avec les mails personnels de nos agents. J’ai appelé ce groupe ‘Coronavert’, et j’ai déjà diffusé cinq bulletins où je donne les informations du service, de la direction, de la mairie. J’ai eu de très bons retours des gars et de la direction générale. Pour l’instant, j’arrive à toucher 70 agents” détaille Christian Rautureau. Surtout, ne pas rompre les liens avec les agents. “Pour garder le fil, je les appelle chacun au moins une fois par semaine pour les tenir informer des évolutions, des tendances à venir. Beaucoup de questions fusent mais tous les agents sont très motivés… Ils veulent reprendre du service ! Pour l’heure, afin d’assurer la continuité de nos missions, l’adresse mail des services techniques, qui permet de remonter toutes les demandes des usagers (branches cassées, panneaux couchés…), est accessible depuis l’ordinateur privé des responsables. Je suis moi-même en contact quasiment tous les jours avec la directrice des services techniques. Je passe au bureau tous les jours également, sinon je télétravaille” indique Thierry Suire.

Production, plantation, livraison…

Le confinement s’est opéré en pleine période de production. “Nous avons mis en place une équipe réduite qui assure le repiquage des jeunes plants livrés récemment et celui des plants semés en début d’année. Là encore, nous espérons que quand tout rentrera dans l’ordre, nous aurons de quoi assurer un cadre agréable à ceux qui redécouvriront la joie de se promener en ville. Nous avons aussi assuré le repiquage des vivaces que nous avions reçues juste avant le confinement en pots de plus grand calibre afin de pouvoir les planter si la reprise est rapide, ou tout du moins les conserver pour une plantation à l’automne. Dans la même logique, nous avons planté dans notre pépinière les arbres qui venaient d’être livrés pour les différents remplacements en ville, ils sont suivis grâce à l’arrosage automatique” indique Éric Bouton. Pépinière toujours, “nous avons deux agents en production sous serres (un responsable et un agent). Dès le début, ils ont maintenu l’activité d’autant que nous avons reçu le 18 mars notre livraison de micromottes. Il était indispensable de procéder à leur repiquage, ainsi qu’au repiquage de nos propres semis” précise la responsable des espaces verts de Lunéville. “Les travaux concernant le fleurissement estival doivent commencer début mai pour les préparations de sol. Logiquement, nous devrons mobiliser plus d’agents, mais espérons que d’ici là, le confinement sera levé, dans le cas contraire, nous nous adapterons. L’activité étant réduite, les achats le sont également, toutefois ils peuvent se faire car nos fournisseurs habituels assurent les livraisons, nous pouvons réaliser nos bons de commandes en télétravail et fonctionner par mail et par téléphone” ajoute-t-elle. Une chose est sûre, les prochaines semaines seront décisives : déconfinement ou pas ? De façon progressive ? Masques obligatoires ? Quelles interventions pourront se programmer à nouveau dans l’espace public ? Beaucoup s’interrogent, notamment sur le rattrapage du retard accumulé (nettoyage des massifs, plantations estivales…). Mais nul doute que les responsables de service et les agents sauront, encore une fois, s’adapter.

A Maisons-Alfort, dans le Val de Marne

Dans cette ville 4 fleurs, les services municipaux sont mobilisés au minima pour entretenir et garder la commune propre et belle. “Nous avons tout organisé” précise Nicolas Fritz, directeur général des services techniques de la Ville. “Et tout mis en branle pour assurer, en respectant les gestes barrières, les opérations de propreté et de nettoyage, pour intervenir si nécessaire en matière d’éclairage urbain… Peu d’agents sont en télétravail. Pour ma part, je suis tous les matins au bureau pour gérer les dossiers urgents, donner les instructions. Le travail est réduit car nous n’avons pas de travaux à gérer et on est peu dérangé. Même si on est sollicité par les habitants qui sont confinés et qui en profitent pour ranger et débarrasser, et souhaitent que l’on enlève les encombrants. Mais là encore, on a réduit nos interventions car ce n’est pas une priorité. Les agents mobilisés assurent les opérations de ramassage des ordures pour maintenir l’hygiène publique et garder notre ville propre. Pour le service espaces verts, on a organisé un roulement de nos agents en mobilisant chaque jour une personne sur deux pour la tonte et la taille. Et si cela s’avère nécessaire, on appelle du renfort. En ce qui concerne le fleurissement de cet été, tout est commandé, mais rien n’a été encore réceptionné. Par ailleurs, pour les espaces verts et les terrains de sports, nos prestataires interviennent pour les travaux d’entretien avec une organisation spécifique pour eux aussi afin de respecter les gestes barrières sur les chantiers. Enfin, compte tenu des incertitudes relatives aux élections municipales, on ne peut pas non plus travailler sur les projets de mandat… Quelle drôle de vie !”.

A Nancy, autour de la place Stanislas

“Depuis le début du confinement, nous avons été 15 jours sous l’eau” explique Pierre Didierjean, directeur parcs et jardins de la Ville. “Il a fallu réorganiser les équipes, et les réduire pour respecter les consignes sanitaires et n’avoir qu’un agent par véhicule (équipé de gel et lingettes). On a réduit nos interventions aux tontes tout en les espaçant, aux travaux de propreté (débroussaillage…). Mais le printemps est là et la sécheresse aussi, on a donc mobilisé des agents pour procéder à deux arrosages hebdomadaires des bacs et jardinières. Chaque matin, deux agents sont mobilisés pour nourrir les animaux de l’espace animalier. Dans les serres, alors que nous recrutons beaucoup en CDD en avril-mai pour faire face aux opérations de repiquage, avec cette crise, on gère l’urgence. Aussi, j’organise le service et nos interventions le matin et l’après-midi. Je me challenge avec trois autres agents du service à celui qui repiquera le plus de plantes tout en respectant les distances sanitaires. Dans cette ville 4 fleurs, nous sommes attachés au cadre de vie mais dans la situation actuelle, nous maintenons notre belle cité propre et nous serons sûrement amenés à réduire de 50 % notre fleurissement estival ”.

 

Bubblers : optez pour du très haut débit !

Pour atteindre les racines profondes des jeunes arbres et des arbustes, dont la survie est aujourd’hui clairement menacée par l’intensité et l’allongement des épisodes de sécheresse, des systèmes d’arrosage automatiques s’imposent. Si les goutteurs disposés autour des mottes apportent lentement, et de façon diffuse, l’élément hydrique au plus près des racines, des dispositifs fournissent de plus grandes quantités d’eau en un minimum de temps : ce sont les bubblers. Sont-ils efficaces ? Doit-on privilégier aussi des systèmes à bas débit ? Éléments de réponse.

Retrouvez l’intégralité de l’article
dans le numéro de Novembre- Décembre 2019, abonnez-vous

Sondage

Canicule, vous ne bassinez pas vos arbres !

En période de sécheresse, pensez-vous à ‘bassiner’ les feuilles des jeunes arbres pour diminuer l’évapotranspiration ?

Oui 22,3 %
Non 77,7 %

Les résultat sont sans appel, les gestionnaires des espaces verts ne bassinent pas assez les jeunes arbres en cas de sécheresse et de période caniculaire. Or le bassinage matinal des arbres, jusqu’à ce que l’eau coule sur les feuilles, est essentiel à chaque arrosage. En effet, l’hygrométrie créée va permettre de diminuer l’évapotranspiration des feuilles (…) Le bassinage augmente les chances de reprise de l’arbre de plus de 50 % ! Surtout, ne pas attendre que les feuilles flétrissent pour arroser et bassiner, car il est déjà trop tard.